Amour bleu

Amour bleu

13-15 ans - 32 pages, 2509 mots | 20 minutes de lecture
© Éditions du Pourquoi pas, 2022, pour la 1ère édition - tous droits réservés

Amour bleu

13-15 ans - 20 minutes

Amour bleu

« Ce que j’ai aimé chez lui, c’est sa barbe. Jamais auparavant, je n’avais fait attention aux barbes des hommes. Je crois même que je ne les aimais pas. La sienne au contraire m’a émue, je n’ai pas su résister à son bleu roi et profond comme la nuit… »

Une Barbe Bleue contemporaine à l'heure où les féminicides sont plus que jamais dénombrés et leur dénonciation enfin diffusée.

"Amour bleu" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
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Extrait du livre Amour bleu

Amour bleu de Raphaële Frier et Kam aux éditions du Pourquoi Pas


Amour bleu Je ne le connaissais pas la première fois que j’ai débarqué chez lui.
On était nombreux dans ce cas, d’ailleurs. Anne avait récupéré des invitations pour une soirée au Moulin. Le lieu était connu pour ses fêtes interminables, avec dancefloor géant, champagne et petits fours à volonté. "Anne : Paraît que sa baraque est canon. Elle fait plus de 200 m², je crois. Marie : Ouais, même que son domaine est tellement grand que le mec, il a des jardiniers pour s'en occuper. A: Et sa piscine... Je sais plus qui m'a dit ça mais c'est un truc de fou : il l'a fait construire dans la rivière, j'te jure !"
Elle m’avait suppliée de l’accompagner. Seulement, c’était loin, même le bus n’y allait pas. Et je ne connaissais personne. J’avais d’abord refusé. Mais quand Anne veut quelque chose... Elle m’a fait un flan pas possible, et deux heures plus tard on se garait devant le Moulin.
Ce que j’ai aimé en premier chez lui, c’est sa barbe. Jamais auparavant je n’avais fait attention aux barbes des hommes. Je crois même que je ne les aimais pas. La sienne au contraire m’a émue, je n’ai pas su résister à son bleu ciel sans nuages et je ne l’ai plus quittée des yeux.
Toute la soirée, Anne m’a tourné autour. Je la sentais crispée, presque préoccupée. Elle me surveillait.
A: Tu sais quoi ? Laisse tomber. Il m'inspire pas, ce type. Je le trouve carrément inquiétant. M: Pourquoi ? Parce qu'il se teint la barbe ? T'oublies que t'avais les cheveux bleus, l'an dernier ! A: Rien à voir, non, je sais pas, c'est peut-être des rumeurs, mais j'ai entendu des histoires glauques ce soir. On m'a parlé de filles qui auraient disparu.
"A: Mais t'as aimé, franchement, cette soirée de bourges ? M: Arrête avec ça ! Il a du fric, et alors ? T'as même pas discuté avec lui. Moi je te dis qu'il est cool." Le lendemain, je me suis précipitée chez lui sans réfléchir. J’avais envie de le voir, de me perdre dans le bleu de sa barbe. Anne a refusé de m’y conduire, alors c’est Tom, notre colocataire, qui m’a déposée au Moulin. "T: T'es sûre ? T'appelles, hein, si t'as un problème ! M: T'inquiète, tout va bien." À ce moment-là, je me répétais que je n’avais rien à perdre, que je devais tenter ma chance, que j’allais le regretter, sinon. Et j’ai horreur de ça, le regret.
Quand il a ouvert sa porte, sa barbe bleue m’a absorbée tout entière. D’un coup, j’ai senti une nuée de papillons dans mon ventre. Je ne répondais plus de rien. J’avais des étoiles plein les yeux. Je ne me suis pas méfiée. Il m’a cueillie comme une fleur... Faut dire qu’il savait y faire. Il m’a d’abord fait visiter ses jardins. Son immense serre de plantes rares, avec ses dionées géantes couvertes de nectar, ses palmiers parfaitement alignés sur une pelouse impeccable, et puis son verger de cerisiers pleureurs, son potager luxuriant. Nous avons longuement contemplé le cours d’eau, sa piscine intégrée et son solarium avec ses banquettes hyper tendance. Il m’a fait remarquer le doux bruit de l’eau de la cascade, le parfum de la prairie où nous nous sommes étendus, la légèreté des cabanes de jonc tressé. Moi qui venais de la ville, je m’extasiais comme si je n’avais encore rien vu d’aussi plaisant. Dans la roseraie de son jardin japonais, il m’a photographiée, m’a dit que j’étais belle. Je l’aimais. Je suis sûre que je l’aimais à ce moment là.