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La guerre des jupes

La guerre des jupes

6-8 ans - 23 pages, 3492 mots | 27 minutes de lecture
© Talents hauts, 2019, pour la 1ère édition - tous droits réservés

La guerre des jupes

6-8 ans - 27 minutes

La guerre des jupes

Dans la cour de l'école, c'est tous les jours la même chose : Louise et ses amies sont victimes de Teddy et sa bande, dont le jeu préféré consiste à soulever les jupes des filles. Un jour, ces dernières décident d'unir leurs forces et créent un groupe d'action, le TPNJ (Touchez plus à nos jupes !). Ensemble, elles parviennent à faire réfléchir les garçons et à mettre fin à ce jeu sexiste.

"La guerre des jupes" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
Du même éditeur :

Extrait du livre La guerre des jupes

La guerre des jupes d'Isabelle Rossignol et Eva Roussel aux éditions Talents Hauts


1. Ça suffit ! – Justine, ATTENTION ! Tom et Lucas sont derrière toi ! Depuis mon banc, j’ai crié du plus fort que j’ai pu. Justine, c’est ma meilleure amie et Tom et Lucas, ce sont deux CM1 qui veulent tout le temps soulever nos jupes. Oh, ils ne sont pas les seuls !... Soulever les jupes des filles, c’est l’occupation préférée des garçons dans mon école.
Chaque fois, ils ont la même technique : ils profitent qu’une fille ait le dos tourné pour lui courir après et lorsqu’ils sont à sa hauteur… Lorsqu’ils sont à sa hauteur, il faut vite crier ce que je viens de crier à Justine. Heureusement pour elle, elle m’a entendue. Elle se retourne aussitôt et voit Tom sur le point de la rattraper. Vive comme l’éclair, elle réussit (ouf !) à faire un pas de côté, évite Lucas de justesse et puis elle fonce, elle fonce. Arrivée à mon banc, elle s’assoit comme si elle venait de courir mille kilomètres sans s’arrêter. Elle est rouge, elle est essoufflée. Elle est triste, surtout. Ses lèvres tremblent comme avant de pleurer.
Moi, j’explose : – J’en ai marre, marre, marre, c’est plus possible qu’ils nous fassent ça ! Cette fois, je vais le dire à la maîtresse. Décidée comme jamais, je me lève. Mais Justine me rattrape par le bras : – Louise, arrête ! Ce sera encore pire si on les dénonce. Je sais parfaitement pourquoi elle dit ça. Elle se souvient de ce qui s’est passé la seule fois où une fille a osé aller se plaindre d’un garçon. Lui, il a juste eu des lignes à copier et elle, la pauvre, elle a retrouvé sa trousse dans les toilettes le lendemain. Ses stylos, sa gomme : ce crétin avait tout renversé dans l’eau. Bien sûr, personne n’a pu prouver que c’était lui, mais nous, on le sait. On le sait et on a peur. Moi aussi, j’ai peur, même si j’en ai marre. Comme une vaincue, je me rassieds donc en soupirant : – Bon d’accord… N’empêche que regarde : ils nous gâchent toutes nos récréations et on est malheureuses à cause d’eux. – On n’a qu’à plus se mettre en jupe, marmonne Justine. – Ah non alors ! Si on fait ça, ils auront gagné. J’ai lancé la phrase comme ça, en criant, mais dans le fond, je me demande ce qu’ils auront gagné. Je sais seulement qu’imaginer une école sans jupe ou sans
robe, c’est imaginer l’école la plus triste du monde. Ça me semble aussi la pire des injustices. En plus, c’est beau, une jupe. Moi, j’adore (j’adore à la folie) celles à volants qui virevoltent un peu quand on marche. On ressemble à des danseuses ou à des oiseaux qui vont s’envoler, on se sent légères. – Alors qu’est-ce qu’on peut faire ? demande Justine. Aller leur parler ? Je hausse les épaules : – Comme s’ils allaient nous écouter ! Et on leur dira quoi de toute façon ? Que c’est nul de soulever nos jupes parce que ça… Je n’arrive pas à dire « parce que ça fait l’effet d’être toute nue au milieu de la cour ». À la place, j’ai un frisson. Je me sens comme les fois où leur main attrape le bas de ma jupe (c’est encore plus dégoûtant que de savoir qu’ils voient ma culotte). Là, ça m’énerve, si bien que je me reprends : – Bon ! Ce qu’il faudrait, c’est... Pour mieux réfléchir, je mets mon pouce dans ma bouche (et interdiction de se moquer, chacun ses habitudes pour se concentrer). Après quelques secondes, je pense à l’armée de soldats en plastique de mon cousin. Créer une armée pour faire la guerre contre les garçons, tiens… Pourquoi pas ? L’idée me trotte un moment dans la tête… et puis non. Non, la guerre, c’est trop horrible. Par contre, si on était nombreuses comme une armée… là…
Soudain, je bondis sur mes jambes : – Je sais ce qu’on va faire ! On va créer un groupe d’union de toutes les filles de l’école. Justine me lance d’abord un regard étonné. Ensuite, elle fronce les sourcils tout en me fixant très sérieusement. Mon idée commence à l’intéresser, c’est clair. Moi, je poursuis : – Ce serait comme un club où chaque fille protégerait l’autre quand un garçon voudrait soulever sa jupe. Tu vois ? Non seulement elle voit, mais elle se lève d’un bond elle aussi : – Génial ! Et je sais déjà comment on va l’appeler : ce sera le TPNJ, Touchez Plus à Nos Jupes ! Alors là, je n’aurais pas trouvé mieux. – T’es la plus intelligente du monde ! Je le lui dis avant de lui faire une énorme bise qui claque. Puis comme il nous reste une bonne demi-heure de récréation, je lui propose ce qui me semble évident : – On va tout de suite chercher des filles ?
En guise de réponse, Justine me prend par la main. Le TPNJ, gare à vous les garçons, c’est parti ! 2. L’organisation Sans se concerter, on part à la recherche de Candice et Aloïse, nos deux autres meilleures copines. Justine regarde à droite pendant que je regarde à gauche quand, tout à coup, je les repère : – Là ! Je montre à Justine un des arbres de la cour. Entre ses racines, elles jouent aux
billes, ce qui est un petit problème parce que, normalement, on ne dérange jamais une partie de billes (un jeu très sérieux). Sauf qu’attendre qu’elles aient terminé, impossible ! On court se mettre entre elles, et Justine, encore plus excitée que moi, s’écrie dès qu’on est agenouillées : – On vient de créer le TPNJ, vous voulez être avec nous ? Aloïse vise le calot de Candice avec sa bille-perroquet. Elles sont si concentrées qu’on a l’impression qu’elles ne nous ont ni vues ni entendues. De toute manière, je trouve que Justine a été trop directe et pas très claire. Un sigle, ça doit se préciser. Un club, ça doit se présenter. Une fois qu’Aloïse a visé (et raté, oups) la bille de Candice, je développe donc en détail notre idée. – Ah c’est super ! s’exclame Candice. Ça fera un peu comme un syndicat. Avec elle, c’est souvent comme ça : elle utilise des mots que personne ne connaît. Ensuite, elle aime les expliquer avant même qu’on le lui ait demandé : – Un syndicat, c’est une association de personnes qui décident que l’union fait la force. Justine hoche la tête en souriant. Moi, j’applaudis parce qu’après le nom de notre club (pardon : notre syndicat), c’est la meilleure phrase que je pouvais entendre. Il n’empêche que pour que l’union fasse la force, il nous faut du monde, si bien que j’en reviens à la question de Justine : – Tu veux en faire partie alors ?