Extrait du livre L'enfant du silence
L'enfant du silence de Gilles Tibo, Edgar Bori et Nahid Kazemi aux éditions La Montagne Secrète
L'enfant du silence
Voici donc la fabuleuse histoire d’un enfant qui ne ressemblait à personne, et que tout le monde appelait avec beaucoup d’affection l’enfant du silence. Cet enfant habitait avec toute sa famille dans une maison pointue, à l’orée d’une grande forêt.
Souvent le soir, lorsque ses parents, fatigués par les labours, dormaient à poings fermés. Lorsque ses frères et soeurs avaient glissé dans le sommeil. Lorsque les souris ne couraient plus dans les murs, cet enfant, réveillé par le sans bruit de la nuit, quittait le pays des rêves. Il émergeait du sommeil. Puis, en retenant son souffle, il tendait l’oreille afin d’écouter, de goûter, de savourer le doux silence qui enveloppait toute chose.
Alors, comme attiré par une force mystérieuse, l’enfant quittait ses draps. Il se faufilait entre ses frères et soeurs couchés dans de petits lits cordés les uns près des autres. Il s’approchait de la fenêtre et tirait les rideaux pour épier, dehors, les mouvements de madame la Nuit. Les soirs d’hiver, elle laissait des empreintes sur la neige. Au printemps, elle murmurait des berceuses aux fleurs nouvelles. En automne, elle effeuillait les arbres du jardin.
L’été, lorsque la lune s’arrêtait au-dessus de la maison, l’enfant enfilait ses bottes et se couvrait de son éternel chapeau pointu. Il ouvrait la fenêtre de la chambre, descendait une longue échelle appuyée au mur extérieur, sautait dans l’herbe et s’éloignait en longeant la clôture qui menait aux champs.
Sous la lune qui changeait, de nuit en nuit, ses formes et ses couleurs, l’enfant allait visiter, une à une, les cachettes du silence. Il fallait d’abord traverser de hautes herbes envahies par le concert assourdissant des grillons, pour se retrouver, de l’autre côté, dans un nuage de lucioles et de papillons blancs. Ensuite, l’enfant descendait dans le creux d’un vallon pour contempler les étoiles, muettes, qui brillaient dans le miroir d’un étang. Assis au bout du quai, il écoutait le silence des nénufars, des poissons, des tortues, ponctué de temps à autre par l’appel d’un ouaouaron. Il repartait sans bruit pour ne pas réveiller les canards, les hérons ou les bécassines cachés dans les joncs. Les yeux tournés vers le ciel, il gravissait un sentier qui semblait mener directement à la Grande Ourse.























