>   Les nuits de ma vie
Les nuits de ma vie

Les nuits de ma vie

9-12 ans - 37 pages, 12598 mots | 1 heure 32 minutes de lecture
© On ne compte pas pour du beurre, 2026, pour la 1ère édition - tous droits réservés

Les nuits de ma vie

9-12 ans - 1 heure 32 minutes

Les nuits de ma vie

Maya, 12 ans, s’endort partout — en classe, dans le bus, à la maison. Car dans ses rêves, elle devient Aminata, une héroïne aux cheveux magiques qui combat des monstres emprisonnant les enfants différents. Dans la réalité, Maya, seule enfant noire d’une famille blanche, subit les regards et les remarques d’une petite ville étroite. Tout change avec l’arrivée d’une nouvelle élève charismatique, qui bouleverse son univers intérieur comme extérieur. Entre éveil et sommeil, amour et identité, ce roman célèbre la force de l’imaginaire pour affronter la réalité.

"Les nuits de ma vie" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
Du même éditeur :
Autres livres illustrés par Anna Griot : Voir plus

Extrait du livre Les nuits de ma vie

Les nuits de ma vie de Feriel Gaye et Anna Griot aux éditions On ne compte pas pour du beurre


Les nuits de ma vie
1. Une journée presque normale Mardi 13 janvier La bataille fait rage dans une immense étendue désertique. Le ciel noir est sans étoiles, et l’atmosphère résonne de cris et de bruits d’armes qui s’entrechoquent. Un groupe de guerrières est sur le point d’attaquer. Terrifiantes et fières, les Mino sont toutes accroupies en cercle, pour préparer leur assaut imminent. – Les Colosses opèrent toujours pareil, dit Tasi Hangbè, leur Générale, avec résignation. – Il faut les contourner par l’Est, et les prendre par surprise ! s’exclame Nawi, son bras droit. – Il faut les attaquer de front, charger droit sur eux ! crie quelqu’un d’autre. Tout le monde donne son avis, et c’est la cacophonie. – JE SAIS !!! lance une voix fluette, mais assurée. La voix s’élève sans effort au-dessus du brouhaha. Une jeune fille noire à l’allure incroyable se dresse au milieu des guerrières. Ses cheveux sont tellement volumineux qu’ils l’entourent entièrement et luisent comme une armure ani-
mée. Son visage se devine à peine derrière la cascade de sombres cheveux crépus. – Vous avez un plan de bataille, Votre Majesté ? interroge l’une des Amazones. Alors qu’Aminata s’apprête à énoncer son idée, une forte explosion retentit. – Réveille-toi, ma chérie ! entendit Maya dans son sommeil. Aminata et quelques Amazones courent à pas feutrés dans la nuit. La plus grande, à droite de la jeune reine, affiche un sourire serein et satisfait. Les autres femmes ont l’air concentrées, mais le même sentiment d’épanouissement s’échappe de leurs expressions. Elles sont élégantes et fortes, pleines de grâce et prêtes à en découdre sous la pleine lune. Aminata s’arrête une seconde pour observer le paysage autour d’elle. Elle voit les contours de la grande tente beige sous laquelle se trouve leur but : un groupe d’enfants capturés par des sbires des Colosses, parmi lesquels Aminata espère retrouver sa sœur. Elle fronce les sourcils avec inquiétude, puis regarde les Amazones qui l’entourent. Leurs peaux foncées réfléchissent magnifiquement les rayons de lune, et leurs lances paraissent renfermer des secrets ancestraux. Leurs armures scintillent, et leurs cous penchés en avant, sertis de lourdes parures, dénotent une attitude avide de justice. Maya ouvrit un œil, puis l’autre. Un rayon de soleil lui chatouilla les joues. Tandis que ses yeux s’habituaient doucement à la lumière, elle aperçut le visage souriant de sa mère, Élise, encadré de longues boucles blondes et de taches de rousseur. Elle lui sourit en retour puis soupira, triste de devoir retrouver sa réalité. Elle se leva, traîna des pieds jusqu’à la salle de bain, et se regarda fixement dans le miroir. « Encore une merveilleuse journée en 5e B », songea la jeune fille, en se mettant de l’eau sur la figure. Maya enleva son bonnet en satin et regarda ses cheveux, en repensant à l’afro magique d’Aminata, l’héroïne de son rêve. Elle passa ses mains sur ses tresses collées, et commença machinalement à appliquer du gel sur les petits cheveux qui sortaient de ses tresses, pour que rien ne dépasse. Elle était pensive, se demandant ce que les gens du collège et de la ville diraient en la voyant avec un immense afro. Elle toucha son visage, observant ses différentes teintes de marron ainsi que celles de ses yeux, ses cheveux, son cou ou ses mains. Elle se regarda longuement dans le miroir, contemplant ses grands yeux noirs brillants qui la fixaient en retour. Certains jours, elle s’étudiait en soupirant, s’imaginant blanche pour la journée, pour enfin pouvoir passer inaperçue. D’autres jours, elle adorait regarder le soleil jouer sur sa peau, admirant toutes les nuances de marron qui scintillaient. Elle n’avait jamais pensé qu’elle n’était pas jolie, ou qu’elle était bizarre, avant que l’on ne lui fasse ressentir à l’école. Elle compta ses taches de rousseur avec un sourire, comme toujours, car c’était la seule chose qui la rassurait et la faisait se sentir
proche de sa mère. Au petit déjeuner, Maya était silencieuse, plongée dans ses pensées. Sa mère lui posa quelques questions, et lui demanda pourquoi elle avait toujours l’air si fatiguée, mais Maya, pas vraiment réveillée, ne lui répondit que par monosyllabes. Comment lui expliquer qu’elle avait peur des regards de travers dans le bus, ceux qui jugeaient la moindre facette de son apparence ? Comment lui expliquer à quel point elle zieutait avec envie les groupes d’amis s’attendre et se saluer devant le portail du collège ? Comment lui expliquer qu’elle n’en pouvait plus de s’enfermer dans ses playlists et ses vêtements trop grands dans lesquels se cacher ? Alors que l’horloge de la cuisine indiquait l’heure du bus, Maya alla sans un mot chercher son sac. Sa mère la suivit du regard, inquiète en pensant que sa fille était en train de construire une bulle impénétrable autour d’elle. En montant dans le bus, Maya croisa les doigts pour qu’il reste une place isolée contre une fenêtre. Elle avait tristement l’habitude d’être seule et n’avait qu’une hâte, somnoler en regardant le paysage, et retrouver Aminata et les Amazones pendant l’heure de trajet qui séparait son village de la petite ville rurale où était son collège. Ce matin, elle avait de la chance, car sa place préférée l’attendait : juste derrière la conductrice, ce qui ne l’obligeait pas à traverser le bus et sentir le poids des regards sur elle. Elle mit son casque et lança sa playlist spécial bus avec un petit sourire, ravie de pouvoir continuer son rêve. Les Colosses avaient enlevé sa sœur jumelle il y a des mois déjà, et la jeune reine Aminata n’avait pas de parents sur lesquels compter pour la retrouver, car ils étaient morts quand elles étaient petites dans des circonstances tragiques. Sa sœur avait été kidnappée le jour de leur anniversaire, pendant la grande fête annuelle donnée au château dans lequel elles avaient grandi. Les deux jumelles avaient passé les 13 premières années de leurs vies à s’entraîner à devenir reines avec les esprits les plus brillants et les guerrières les plus légendaires du royaume. Aminata avait toujours été la plus rêveuse et réservée de leur duo, mais aujourd’hui, elle partait seule à la recherche de sa sœur. Juste après sa victoire contre des mercenaires sanguinaires qui terrorisaient une région éloignée de son royaume, Aminata avait croisé la route du groupe d’Amazones. Elle leur avait raconté comment ils enlevaient les enfants pour les revendre à un clan de sorciers, obsédés par l’extraction de la mélanine. Personne ne savait ce qu’il se passait vraiment, mais aucun enfant n’était revenu, et les enlèvements avaient atteint un seuil tragique. Impressionnées par les qualités de stratège de la jeune reine, les guerrières lui avaient prêté allégeance et avaient accepté de l’accompagner dans la libération de sa sœur, convaincues qu’elles aideraient ensemble ceux qu’elles croiseraient sur le chemin. Nawi, la chef des Amazones, avait remarqué un mouve-
ment dans la tente où la sœur d’Aminata était prétendument retenue captive. Toutes les Amazones avaient suivi son regard, et elles affichaient maintenant une mine féroce et déterminée. Aminata les observa et calqua son expression sur la leur. Ses mains tremblaient, mais elle regardait la tente sans ciller. Sa jumelle était passée par là, elle le sentait. Nawi fit un signe imperceptible et les guerrières se mirent à bouger comme une seule personne, glissant sur l’herbe emplie de rosée, tandis que le soleil commençait à pointer son nez. – Debout, on est arrivés ! entendit-elle dans son sommeil. Elle ouvrit un œil et découvrit la conductrice du bus qui lui tapotait gentiment l’épaule. Maya s’aperçut que tout le monde était descendu du véhicule, mais que personne ne l’avait réveillée. Elle se sentit rougir. – Désolée, répondit-elle timidement, avant de ramasser rapidement ses affaires et de sortir du bus. Plus tard dans la journée, comme presque à chaque récré, Maya plongeait dans un livre, dans son coin préféré du CDI : entre les livres d’Histoire et ceux d’arts plastiques. Casque sur les oreilles et playlist CDI enclenchée, elle dévorait ce jour-là un épisode de la mythologie grecque, sa fascination du moment. Elle ne remarqua même pas que Luna et Agathe étaient là aussi, avec leurs copines de 5e A. – Elle est vraiment trop chelou, cette meuf, toujours dans son monde, je suis sûre qu’elle a des amis imaginaires, dit Luna en levant les yeux au ciel. Alors que le groupe pouffa de rire, la cloche sonna et elles commencèrent toutes à ranger leurs affaires. Maya soupira, blasée de ces comportements dont elle avait l’habitude, avant de rassembler ses propres affaires et de se diriger vers son prochain cours. Le reste de la journée se déroula comme tous les autres mardis : maths, histoire, récré, perm, anglais et bus retour. Un peu plus tard dans la soirée, Maya faisait ses devoirs dans la cuisine, mais elle avait la tête ailleurs, comme d’habitude. Sa mère, en train de cuisiner, la regarda dessiner dans les marges de son devoir de maths. – Ma puce, j’ai une surprise, on se fait une soirée film ? dit Élise en tirant Maya de ses rêves éveillés et de ses fractions. Puis elle ajouta avec un air mystérieux : – J’ai une super idée, je pense que ça va te plaire. Maya sourit, soulagée de pouvoir s’échapper dans un film au lieu de devoir parler du collège. – Romcom ? demanda-t-elle à sa mère. Élise secoua la tête pour dire non, et Maya ferma d’un coup son cahier de maths, satisfaite. – Let’s goooo ! s’exclama-t-elle, ce qui fit rire sa maman. – Tout le monde connaît ta passion pour les films de super-héros, alors j’ai pensé qu’on pourrait regarder Black Panther, ça te dit ? proposa Élise, qui vit à ce moment une
expression de tristesse passer sur le visage de sa fille. Mais si tu préfères regarder autre chose… – Non, c’est super, merci, maman, lui répondit Maya avec une petite voix. Elle se dirigea dans la cuisine pour attraper des assiettes et prit une grande inspiration. Comment expliquer à sa mère que tout le monde au collège faisait le signe du Wakanda pour se moquer d’elle ? Comment lui expliquer que ces moqueries lui avaient gâché la joie pure qu’elle avait ressentie en découvrant la bande-annonce de ce film, et la hâte qu’elle avait de voir des princesses et des guerrières qui lui ressemblaient ? Maya ne savait jamais comment aborder ces sujets avec sa mère, car elle lui répondait chaque fois la même chose : « Ne fais pas attention à eux, ma fille, ils sont juste jaloux. » Comment lui expliquer ce que ça fait d’être toujours celle qui est « différente » ? Maya s’assit sur le canapé et se blottit contre sa mère. – Tu sais, parfois les gens au collège se moquent de moi avec ce film, c’est pour ça que j’ai fait une drôle de tête tout à l’heure, dit-elle avec hésitation. Élise serra sa fille dans ses bras. – Mais j’ai quand même super hâte de le voir, poursuivit Maya. – Je suis désolée, ma chérie, tu sais à quel point les enfants sont cruels, parfois. C’est de la bêtise pure, et si ça continue, j’irai en parler à ta CPE, lui répondit sa mère. Maya soupira silencieusement, avant de lui adresser un petit sourire et d’attraper la télécommande. Plongée dans le film, le cœur de Maya se mit à battre la chamade lorsque les Dora Milaje apparurent à l’écran. Elle regarda émerveillée ces guerrières qui ressemblaient comme deux gouttes d’eau à celles de ses rêves, jusqu’à leurs parures et leurs lances. Maya voulut demander à sa mère si elles avaient vraiment existé, mais celle-ci s’était endormie et ronflait doucement. Maya reporta son attention sur toutes les coiffures, les tenues et les bijoux qu’elle découvrait, éblouie par toutes les couleurs et textures qu’elle voyait. Quand le film se termina, Maya posa une couverture sur sa mère, puis elle alla se coucher avec une seule volonté : retrouver les Amazones dans ses rêves.
2. Des envies de changement Vendredi 16 janvier Aminata et Nawi sont en pleine bataille avec le reste des Mino. Nawi fait un signe de tête à Ami, et elles se détachent du groupe pour partir en éclaireur. Nawi enlève son casque, et révèle des tresses collées, ornées de cauris et de bijoux. Elles s’approchent d’une tente. Nawi fait un geste à Ami pour qu’elle fasse le tour de la tente et lui indique de rester alerte. – Maya, ça va, je te dérange pas ? l’interrogea sa professeur d’histoire, d’une voix forte et froide. Maya ouvrit les yeux en sursautant, le cœur palpitant à toute vitesse, et rougit en se rendant compte qu’elle s’était encore endormie en classe. Elle s’arracha difficilement à son rêve, et murmura un vague « Désolée » en direction de sa professeure. Elle entendit les rires étouffés et familiers de Luna et Agathe, derrière elle, mais elle les ignora. Plus tard dans la journée, pendant l’étude, Maya commença à esquisser les personnages de ses rêves, comme
pour ne pas les oublier. Alors qu’elle prenait particulièrement son temps pour dessiner les cheveux magiques d’Aminata, elle ne remarqua pas Agathe, assise à côté d’elle par punition de la surveillante, qui était en train de prendre en photo son dessin. Quelques secondes plus tard, au fond de la classe, Luna et le reste de la bande zoomaient sur la photo et ricanaient silencieusement. – Oh là là, mais elle a mis les doigts dans une prise ou quoi ? C’est quoi ces cheveux énormes, c’est un autoportrait ? chuchota Luna. – Heureusement qu’elle se fait des tresses, imagine une touffe comme ça devant toi en cours… tellement relou, ajouta Agathe avant de lever les yeux au ciel. Maya, concentrée sur son dessin, faisait mine de ne pas les entendre, mais elle sentait leurs regards narquois dans son dos et leurs rires insupportables. Lorsque la cloche sonna enfin, elle arracha la feuille de dessin de son carnet et la roula en boule avant de la jeter à la poubelle, sous le regard faussement innocent d’Agathe, Luna et leur bande. Silencieuse pendant tout le trajet de bus retour, Maya luttait contre les larmes qui montaient, car elle refusait de donner cette satisfaction à ses camarades. Elle n’en pouvait plus. Elle avait l’impression d’être à la fois invisible et bête de foire. Elle en avait marre d’être la seule de toute l’école à avoir des cheveux crépus, et la seule à être d’une couleur différente de sa mère. « Il faut que ça change », pensa-t-elle pour la première fois ce jour-là. Une fois chez elle, à la minute où elle comprit que sa mère n’était pas encore rentrée, un torrent de larmes inonda ses joues. Elle monta dans sa chambre et commença à défaire ses tresses avec hargne, entre deux sanglots. Quoi qu’elle fasse avec ses cheveux, ils ne ressembleraient jamais à ceux des filles de sa classe. En croisant son reflet dans le miroir, les cheveux ébouriffés et les yeux encore pleins de larmes, elle eut l’impression d’y voir Aminata lui faire un clin d’œil. Cette image l’apaisa un peu. – Maya, je suis rentrée ! Tu veux manger quoi ce soir, ma puce ? C’était comment le collège aujourd’hui ? entendit-elle soudainement, ce qui la tira de sa rêverie. Maya prit une grande inspiration, attacha ses cheveux avec un gros chouchou, et essuya ses larmes avant de plaquer un sourire forcé sur son visage. – J’arrive, maman ! répondit-elle. Elles mangèrent tranquillement. Maya écouta sa maman lui raconter sa journée, le menu de l’anniversaire de sa collègue prévu le lendemain soir, et que sa voiture faisait un drôle de bruit. Maya acquiesça silencieusement, jouant avec sa fourchette et n’écoutant que d’une oreille les péripéties de sa mère. – D’ailleurs, j’ai vu que tu avais défait tes tresses, ça te va bien, dit doucement sa mère. Maya lui répondit par un sourire, un peu surprise. Après le repas, Maya alla se doucher et, comme tous
les vendredis soir, elle se lava les cheveux. En sortant de la douche, elle regarda les produits capillaires et le maquillage de sa mère et soupira avant de commencer à se démêler les cheveux en grimaçant. « Cher journal, j’adore maman, mais parfois elle ne réalise pas à quel point je suis différente d’elle. Je pourrai jamais utiliser son maquillage ou ses vêtements. Mais aujourd’hui, elle m’a dit qu’elle aimait bien mes cheveux défaits, c’est nouveau ça. Du coup, j’aimerais bien essayer de nouvelles coiffures. Je vais bientôt avoir 13 ans, et les tresses, ça fait bébé. Je crois que j’en ai marre aussi de faire comme si je préférais être toujours toute seule pour ne pas me faire harceler, je veux juste traîner avec des gens cool. En tout cas, tout le monde me ressemble dans mes rêves. Un jour, je trouverai une tribu avec qui traverser la vie. À demain, journal chéri ! » Samedi 17 janvier Dans la cour spacieuse d’une maison d’argile aux teintes rouges, des armures sont empilées dans un coin, et un groupe d’une dizaine de femmes est réuni. Parmi elles, Tasi, la Générale, et son bras droit Nawi sont en pleine discussion, et entourent la silhouette plus petite d’Aminata, dont l’aura puissante rayonne autour d’elle. Des petits bols dispersés contiennent de l’eau, du beurre de karité et de nombreux petits bijoux dorés, argentés, ambrés et nacrés. Le soleil qui commence à se coucher enveloppe toute la scène d’une lumière dorée. Quelques Mino sont occupées à attacher des anneaux dorés dans leurs cheveux, pour commémorer leur dernière victoire. Plus loin, une autre partie du groupe prépare un feu pour le banquet, et Aminata remarque à quel point les tâches sont réparties de manière équitable. L’une des doyennes se met à raconter une histoire à quelques jeunes guerrières. Aminata, qui a toujours adoré les contes et légendes, tend l’oreille. – Maya, t’es réveillée ? entendit-elle dans son sommeil, après avoir ignoré le « toc, toc, toc » à sa porte quelques secondes plus tôt. Elle grogna une réponse inintelligible, que sa mère interpréta comme un oui. Celle-ci s’assit sur le lit de sa fille, avant de s’éclaircir la gorge. – Il faut que je te raconte quelque chose, déclara Élise avec excitation. Maya bâilla pendant de longues secondes, frustrée de ne pas avoir pu entendre le conte dans son rêve, avant de reporter son attention sur ce que sa mère lui disait. – Ce soir, tu sais, c’est l’anniversaire d’une de mes collègues de boulot, elle fait un petit dîner comme je te disais et… je pense que tu es assez grande pour rester à la maison sans baby-sitter pendant quelques heures… commença-t-elle, avant d’être interrompue par Maya qui se mit à sauter sur le canapé en chantant :
– Ça y eeeeeest ! Enfin, tu sors ! Élise étouffa un rire, puis poursuivit avec une fausse mine sérieuse. – Je te fais confiance, mais je compte sur toi, ma grande. Maya acquiesça sagement. – Je te ferai un quiz sur les numéros d’urgence avant de partir, ajouta sa mère. – Tu sais, je vais sûrement juste regarder la télé dans le salon, et m’endormir sur le canapé avant que tu rentres, lui répondit-elle dans un bâillement. Élise caressa le visage encore ensommeillé de sa fille. – Bon, tu peux dormir encore un peu, marmotte, mais il faudra que je te coiffe avant de me préparer pour ce soir, donc je repasse tout à l’heure, OK ? Maya lui fit un grand sourire avant de se replonger sous ses couvertures, pressée de retourner écouter les contes des Amazones. Il y a très, très longtemps, Nyame, le dieu du ciel, gardait toutes les histoires enfermées à clé dans un coffret de bois, tout là-haut dans le ciel. Les gens de la terre n’avaient pas d’histoires à raconter, et ils en étaient bien tristes. Ils demandèrent à l’astucieux Anansi, l’araignée, de les aider. – Tu es prête pour la cérémonie ce soir, Aminata ? entend la jeune reine, sur sa gauche. Nawi renchérit : – Tu sais, même Tasi était nerveuse quand elle a rejoint officiellement le régiment. Je pense qu’elle avait ton âge, par là. Elle a abandonné toute sa vie pour se consacrer entièrement aux Agojie. Aminata hoche la tête, avant de laisser son regard dériver vers Tasi qui s’affaire de l’autre côté de la cour, incapable de l’imaginer avoir peur. Elle est fascinée par ce groupe de femmes guerrières, indépendantes et charismatiques, qui semblent intimer le respect par leur simple nom. Amazones, Mino, Agojie… Aminata sait que sa place est parmi elles, mais elle sait aussi qu’il est de son devoir de sauver sa sœur. Nawi, qui arbore des tresses Fulani ornées de petits anneaux argentés, s’approche pour démêler les cheveux d’Aminata. Celle-ci a un mouvement de recul à l’idée que quelqu’un touche ses cheveux. Elle ne laisse que sa sœur la coiffer, et vice versa, mais ce souvenir semble tellement loin qu’elle sent ses yeux s’embuer. – Fais-moi confiance, je sais quelle coiffure te faire. La même que celle que j’ai faite à mon initiation, et pendant ce temps-là je vais te raconter la fin de l’histoire, d’accord ? En la coiffant d’une main experte, Nawi lui raconte comment le dieu Nyame a essayé de piéger Anansi en lui demandant des tâches impossibles, mais que l’araignée bleue a réussi à tromper un léopard, des frelons et un serpent grâce à son esprit rusé. Nyame n’a pas eu d’autre