>   Silence, on joue !
Silence, on joue !

Silence, on joue !

9-12 ans - 34 pages, 11780 mots | 1 heure 26 minutes de lecture
© Fanny Joly Numérik, 2026, pour la 1ère édition - tous droits réservés

Silence, on joue !

9-12 ans - 1 heure 26 minutes

Silence, on joue !

Ah ! le théâtre ! Lison rêve d'en faire. Surtout qu'à l'école des Cloches, il y a une salle prévue exprès pour monter un super-spectacle ! Lison motive Jules, Mona et même certains enseignants, sauf Mme Nervos, la directrice, qui pense que cela fera beaucoup trop de bruit. Mais quand Lison Deslivres a une idée en tête, ça fait du bruit aussi !

"Silence, on joue !" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
Dans la même collection : Voir plus
Autres livres écrits par Fanny Joly : Voir plus

Extrait du livre Silence, on joue !

Silence, on joue ! de Fanny Joly aux éditions Fanny Joly Numérik


Drôle d'école - Silence, on joue !
Chapitre 1 Retour des cloches C’était en mai, le premier matin du premier lundi après les vacances de Pâques. Dès que maman a ouvert la grille de l’école, Marie Béret, la pipelette de la classe, a foncé sur moi comme s’il y avait le feu à la cour. — Alors, Lison, qu’est-ce que t’as fait pendant les vacances ? Moi je suis allée à Tahiti ! Tu sais où c’est ? À l’autre bout du monde ! Il faut vingt heures d’avion pour arriver jusque là-bas ! Avant de continuer, je me présente. Je m’appelle Lison Deslivres, j’ai – presque – 10 ans, je suis en CM2 à l’école des Cloches à Ysjoncte et c’est aussi là que j’habite parce que ma mère y travaille comme gardienne… Marie Béret, donc, était pressée de m’impressionner avec ses lagons bleus et ses cocotiers. Je l’ai laissée parler. Je n’avais aucune envie de lui raconter mes vacances chez ma grand-mère à repiquer des haricots et à faire semblant d’apprendre le tricot. Quand Jules est arrivé, Marie en était à l’avant-dernier jour de son voyage. Jules, c’est mon copain numéro un. Avec lui je peux tout dire, rire de tout et faire tous les coups. Mais ce matin-là, il n’avait pas l’air d’avoir envie de s’amuser. La tête basse, les cheveux en bataille, il traînait son sac comme un boulet. Marie s’est jetée sur lui : — Alors, Jules, qu’est-ce que t’as fait pendant les vacances ? Moi je suis allée à Tahiti ! Tu sais où c’est ? Il l’a stoppée net. — Naaan ! Je sais pas et je veux pas savoir ! Moi j’ai passé les pires vacances de ma vie. Deux semaines à Rouille-les-Mimosas chez mon tonton et ma tata ! À faire le truc qui me rase le plus au monde : de la pé-tan-que ! Grand tournoi de printemps ! Tu parles ! Du matin au soir : « Je la tireu ou je la pointeu ? » Et entre les parties de boule, un seul menu : poisson, poisson ou poisson. Alors si tu continues à me raconter tes belles vacances à Tahiti, je te verse une soupière de bouillabaisse sur la tête, pigé ? Marie s’est reculée, apeurée. Moi je rigolais. J’étais si contente de retrouver Jules, même de mauvais poil… Petit à petit, la cour s’est remplie et tout le monde s’est agglutiné autour de la statue. À l’école, on a une statue de Charlemagne au milieu de la cour, c’est la fierté de la
directrice, Mme Nervos, et notre coin préféré pour discuter… — Moi mon père a fait un concours où on pouvait gagner une journée à Zombiland, mais on n’a pas gagné alors on n’y est pas allés… a annoncé Charly Paratini, tristement. — Désespérant ! a commenté Paul Colinot en attaquant un croissant. Les parents de Paul tiennent un restaurant, il a toujours des trucs à manger plein ses poches. — Ça veut dire quoi : « désespérant » ? a murmuré Chloé Jambier, l’air mal réveillée, comme d’habitude. Jean Germain, le premier de la classe, a haussé les épaules : — « Désespérant », ça veut dire : « qui tue l’espoir », enfin, voyons, tout le monde sait ça ! Je ne le savais pas plus que Chloé, mais je n’ai pas bronché. Il m’énerve, ce Jean Germain, toujours à donner des leçons, même dans la cour de récréation… Je regardais Charlemagne, son bouclier, son épée… J’avais l’impression qu’il nous observait. Qu’est-ce qu’il pouvait bien penser ? Était-il heureux de nous retrouver ? Content d’avoir inventé l’école, de nous enfermer pour des heures de maths et de grammaire, alors qu’il commence à faire beau dehors et que les oiseaux chantent dans les branches des cerisiers ? (Précision : juste à côté de notre cour, il y a le collège. Eux, au milieu de leur cour, à la place de Charlemagne, ils ont trois cerisiers, les veinards !) — Je suis dégoûtée ! a lancé Mona, ma meilleure amie. Il y a plein de nouveaux épisodes d’Amour à mort, ma série préférée, mais ma mère veut pas que je les regarde. C’est à ce moment-là que Cédric Frimont a fait son entrée. Il avait une nouvelle casquette, des nouvelles lunettes de soleil, des nouvelles baskets à bandes fluo qui flashaient au soleil du matin… (Cédric, ses parents ont le plus grand magasin de sport d’Ysjoncte et il pioche dans les rayons comme dans un libre-service.) — Moi j’ai passé des vacances top-méga-giga-ultra-cool ! Toutes les têtes se sont tournées vers lui : — Ah ouais ? — Ah bon ? — T’as fait quoi ? Il a pris une grande respiration, un peu comme les ministres avant de faire une déclaration à la télé. Et il a lâché : — J’ai fait du théâtre ! — Du théâtre ? — Deux semaines de stage intensif, à Plantognon. On a joué une vraie pièce, devant un vrai public, et tout. J’avais presque le rôle principal. Tout le monde m’a trouvé génial. Je vous montre l’affiche, si vous voulez… — Hé, t’as la grosse tête ? a pouffé Charly.
Cédric n’a pas répondu. Il a déplié son affiche. Il y avait le dessin d’un genre de gros hanneton avec écrit au-dessus LE ROI DES ROBOTS. — Vous voyez mon nom, là ? Il a pointé le doigt sur une liste, sous le titre. — Cédric Frimont ! a lu Hedwige, aussi impressionnée que si elle venait de lire le nom d’un acteur super célèbre. — Tu vas passer à la télé ? a demandé Mona, les yeux brillants. — En tout cas, on nous a filmés ! a dit Cédric. C’était une épopée futuriste… — C’est quoi une « épopée » ? a recommencé Chloé. — Rrraaahhh ! a pesté Charly, c’est un truc avec des épées ! Arrête de demander tous les mots, Chloé, c’est fatigant à la fin ! — « Un truc avec des épées » ? N’importe quoi ! s’est écrié Jean Germain. Une épopée est un long poème où le merveilleux se mêle à la réalité ! Ce poème est généralement écrit en… Pour une fois, Jean n’a pas pu continuer sa leçon. — Ça racontait les combats entre un peuple d’insectes volants et un peuple de cloportes, l’a coupé Cédric. Moi je faisais un chef cloporte. Juste avant que j’apparaisse, il y avait un roulement de tambour et de la fumée qui sortait d’appareils spéciaux très très dangereux. Tout le monde croyait que j’allais arriver en rampant, mais pas du tout. Je me lançais du haut d’une espèce d’échafaudage, j’étais retenu par des gros élastiques, comme ça… Pour nous montrer comment il se lançait, Cédric est monté sur la grille qui entoure la statue de Charlemagne… Au même instant, la porte du préau s’est ouverte et Mme Nervos, la directrice, s’est précipitée vers nous en criant : — Cédric Frimont ! Tu te crois où ? Au cirque ? Descends de là immédiatement ou tu viens en retenue mercredi !
Chapitre 2 Rêves de star Jules a eu beau répéter sur tous les tons que Cédric Frimont portait bien son nom et qu’il n’était qu’un gros frimeur, moi, son histoire de théâtre, je n’arrêtais pas d’y penser… Et ça me faisait rêver. À Ysjoncte, on a un grand théâtre avec des sculptures plein la façade, un escalier en marbre, des plafonds dorés et des mosaïques aux murs, qui représentent des gens en train de danser, de chanter, de jouer de la musique… J’y suis allée une fois. La plus belle soirée de ma vie. Papa avait eu deux places par une dame de son bureau. Comme maman ne pouvait pas y aller vu que Benjamin (mon grand frère) avait un match de foot et qu’Alfred (mon petit frère) ne pouvait pas rester tout seul, on y est allés tous les deux, papa et moi, « en amoureux », comme il dit. Il avait mis son nœud papillon et moi ma robe de réveillon. Même si j’ai eu dix fois trop chaud (c’était en été et, en plus, ma robe me serrait), je n’ai rien regretté : les gens étaient tellement chics et bien habillés ! Je me souviens de tout : le grand rideau rouge, les trois coups, le silence, les acteurs qui bougent et qui s’adressent à nous, directement, comme si on pouvait les toucher, et puis les applaudissements, les saluts, encore des applaudissements… À part ça, je ne sais plus bien de quoi la pièce parlait. À l’entracte, papa m’a présentée à la dame de son bureau. Elle mangeait un esquimau. Elle m’a embrassée. Elle sentait bon. — Alors, votre fille aime le théâtre ? Peut-être une future vocation… elle a dit en riant. Une future vocation ? J’aimerais tellement… Depuis le temps que je m’entraîne à chanter en karaoké dans ma chambre, je m’imagine monter sur scène, sous les lumières, sentir les gens suspendus à mes lèvres et attaquer mes meilleurs tubes : « Limonade Girls » ou « Mon dauphin a faim »… Mais je reviens au soir du lundi après les vacances de Pâques. À la maison, au milieu du dîner, j’ai lancé : — Pourquoi on ne va pas plus souvent au théâtre ? Maman m’a regardée comme si j’avais demandé
pourquoi on ne va pas plus souvent sur la lune. — Pas thiatre, manèze, yé mieux ! a postillonné mon petit frère, Alfred, qui met toujours son grain de sel partout. — Cédric Frimont a fait un stage de théâtre, il a trop de chance… j’ai continué. — Tu veux aller au théâtre ou faire du théâtre, Lison ? Ce n’est pas la même chose ! a dit papa en reprenant de la purée. — Ouaaah ! Je me souviens du spectacle des cousins Fouquier, l’an dernier, c’était naze ! Tous les nains déguisés en canards ! Je te vois bien en canard, Lison ! a ricané Benjamin, mon grand frère. Je lui ai tiré la langue en douce derrière ma serviette. Impossible de discuter de quelque chose d’intéressant, dans cette famille. Surtout depuis que Benjamin est au collège : il se prend pour Superman et tous les plus petits que lui sont des « nains »… — Remarque, Nicole, a repris papa (ah oui, ma mère s’appelle Nicole), à l’époque de l’inauguration de la salle polyvalente, la directrice avait annoncé qu’il y aurait une activité théâtre à l’école, non ? — C’est vrai ! a soupiré maman. Mme Nervos n’en a plus jamais parlé, c’est tombé dans les oubliettes, comme tant d’autres choses… Le lendemain, j’en ai parlé, MOI. Pendant la récré du matin, avec Jules et Mona. C’est souvent avec eux que je parle des choses importantes. On se complète bien, tous les trois. Comme le pain, le beurre et le chocolat. Jules était de meilleure humeur. Il commençait à oublier son tournoi de pétanque. Il avait même apporté un de ses carnets de blagues et il venait de nous en raconter une bonne : — « Tu connais la différence entre une casserole et un pot de chambre ? Non ? Eh ben, je viendrai pas dîner chez toi ! » Jules adore les blagues. Il collectionne celles qui sont marquées sur les papiers de chewing-gums. Il en a dix-sept carnets remplis. C’est facile pour lui : son père tient une épicerie, j’en reparlerai… J’ai pris mon copain par le bras : — Dis donc, Jules, tu traites Cédric de gros frimeur, mais honnêtement, t’aimerais pas, toi, raconter tes blagues devant plein de gens au lieu de nous faire rire juste nous ? Il a mis un moment à percuter. — Tu veux dire, comme les comiques à la télé ? — Ben oui ! — Qu’est-ce qui te prend, Lison ? a dit Mona. — Ce qui me prend, c’est que j’en ai assez de savoir qu’ici, dans notre école, on a une salle polyvalente avec une scène, un rideau, des lumières, des micros et qu’on ne s’en sert que pour les réunions de parents d’élèves et les discours de Mme Nervos alors qu’on pourrait faire du THEATRE, dedans !
Chapitre 3 Non, non et non ! L’après-midi de ce mardi, on avait « discussion de vie de classe » avec M. Dequille, notre maître. Ça arrive une fois par trimestre. Heureusement pas plus souvent parce que c’est vraiment saoulant. D’ailleurs, je me demande pourquoi ça s’appelle « discussion ». En fait, ça se résume à un long sermon de M. Dequille qui nous explique tout ce qu’on fait de mal et tout ce qu’il faudrait qu’on fasse pour que ça aille moins mal. En général, à la fin de son discours, l’heure de « discussion » est passée. Mais si par hasard il reste un peu de temps, il enchaîne illico pour nous raconter à quel point on le fatigue et comme il sera heureux quand il sera enfin à la retraite à se reposer dans le hamac qu’il est en train de se fabriquer selon la technique des Indiens. Sa retraite et son hamac sont ses deux sujets de conversation préférés. Ce jour-là, il a annoncé qu’« on » allait parler de la discipline et du respect du règlement. Devant moi, les jambes de Charly Paratini ont commencé à s’agiter comme si elles étaient attaquées par une armée de fourmis. (Charly est le plus mauvais élève de la classe et aussi le plus excité…) Mona m’a regardée en levant les yeux au ciel et Jules a fait semblant de s’endormir sur sa table. Je me suis raclé la gorge et j’ai levé le doigt le plus haut possible. — Monsieur ! Monsieur ! Je voudrais dire quelque chose ! Toutes les têtes se sont tournées vers moi. M. Dequille m’a regardée par-dessus ses lunettes qui lui font des yeux de poisson. —Lison Deslivres a quelque chose à dire à propos de la discipline et du respect du règlement ! Quelle surprise ! — Euh… C’est pas tout à fait sur la discipline, en fait. C’est sur… le théâtre. Voilà : je voudrais savoir pourquoi on fait jamais de spectacles dans la salle polyvalente. Il y a eu un moment de silence. M. Dequille a ôté ses lunettes, il les a remises, les a ôtées à nouveau… — Mlle Deslivres voudrait faire du théâtre ! Lison Deslivres veut transformer l’école des Cloches en École du spectacle ! Oh, je sais que beaucoup d’entre vous sont très
doués pour faire les clowns. Mais moi, figurez-vous, je ne suis pas payé pour vous apprendre des pitreries. Je suis en-sei-gnant ! Je suis là pour faire régner la disci… Et il est reparti sur sa litanie : discipline, respect du règlement, travail et bla-bla-bla. Quand ça a fini par sonner, Jules et Mona sont venus vers moi : — Ben dis donc, ton truc de théâtre, c’est pas un succès ! — Parler de ça à M. Dequille, tu rêves ! — Et même si ça ne marche pas avec lui, ça peut marcher avec quelqu’un d’autre… Tiens, d’ailleurs, ça me donne une idée : si on en parlait à Mme Chalopin, la maîtresse de CP qui nous faisait faire des marionnettes ? — Oh oui, je me souviens : des marionnettes en pots de yaourts, elle est trop gentille ! s’est exclamée Mona. — On avait fait un petit spectacle, comment ça s’appelait, déjà ? — Lapinou fait le foufou ! — Moi je jouais une fleur qui parlait ! — Et moi un mouton qui faisait des bonds ! s’est brusquement souvenu Jules en se frappant le front. Le lendemain, après la sortie, je suis montée dans la classe de CP. Entre ses têtards, ses poissons rouges, ses travaux manuels, ses plantations et tout ce qu’elle bricole dans sa classe, Mme Chalopin est toujours la dernière à quitter l’école. La porte était grande ouverte. La maîtresse était en train d’arroser des pousses de haricots sur le rebord de la fenêtre… — Bonjour, madame ! Vous faites encore germer des haricots ? Elle s’est retournée avec son grand sourire : — Eh oui, Lison ! Les haricots, c’est comme les enfants : ils poussent chaque année ! Je me suis approchée. Dans leur nid de coton, les graines commençaient tout juste à se fendiller… — Vous vous rappelez les spectacles de marionnettes qu’on faisait avec vous ? C’était chouette… — Ah ah ! Tu en as gardé un bon souvenir, Lison ? Tant mieux, tant mieux ! Je continue, tu sais : cette année, avec mes CP, on prépare un sketch. Ça s’appelle Les Ratsramoneurs… On a fabriqué des rats en feutrine et en fausse fourrure, regarde ! Elle a ouvert son armoire et en a sorti un carton plein de marionnettes de rats de toutes les couleurs… Je les ai regardés un à un, puis j’ai soupiré : — C’est génial… Ils ont de la chance, les CP… Nous, on fait plus rien… Mme Chalopin m’a posé la main sur l’épaule. — Allons, Lison, ne me dis pas que tu voudrais retourner en CP, une grande de CM2 comme toi ! — Retourner en CP, peut-être pas, mais… On pourrait au
moins faire du théâtre ! La salle polyvalente a été prévue pour ça et elle ne sert jamais… Vous ne voudriez pas nous aider ? En voyant le sourire de Mme Chalopin, j’ai compris que j’avais visé juste. — Bien sûr, ma petite Lison ! Si je peux vous aider, ce sera avec plaisir ! Mais il nous faut d’abord l’accord de Mme Nervos. Aïe ! Parler théâtre avec Mme Chalopin, pas de problème. Mais avec Mme Nervos, ça risquait d’être nettement plus compliqué. Non pas que la directrice me fasse peur (encore que…), mais elle me soupçonne toujours de préparer un mauvais coup. Parfois, elle n’a pas tort, je l’avoue. Bref, quand Mme Chalopin m’a proposé de l’accompagner voir la directrice, je n’ai pas trop insisté pour y aller. — C’est-à-dire que… j’ai des devoirs à faire, ce soir… — Ah ! Les devoirs sont prioritaires, Lison, tu as raison ! a déclaré Mme Chalopin. Si elle savait… Les nouvelles n’ont pas mis longtemps à me revenir. Le lendemain matin, je venais à peine de commencer à raconter ma visite en CP à Jules et à Mona que Mme Chalopin est venue vers moi, l’air désolé : — Hélas, Lison, la directrice s’oppose à tout projet de théâtre dans la salle polyvalente. Elle dit que ça ferait trop de bruit. Chapitre 4 Spectacle off Dès que Mme Chalopin a tourné les talons, on a laissé éclater notre colère. — Mme Nervos a peur qu’on fasse « trop de bruit » ! — C’est la meilleure de l’année ! — Elle qui passe son temps à hurler ! — Et je ne vous dis pas, l’an dernier, quand elle s’était mis en tête d’apprendre à jouer du violon, on aurait cru qu’une scierie s’était installée au milieu de l’école ! Chez nous, le soir, on ne pouvait plus se parler ! Mon père a été obligé de calfeutrer les fenêtres et… Jules m’a pincée. Je me suis arrêtée. Mme Nervos était à trois mètres, les mains dans le dos, en train de faire son tour d’inspection matinale de la cour. Dans ma rage, je ne l’avais pas vue arriver. J’ai croisé les doigts en espérant