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Sur la route du bled

Sur la route du bled

6-8 ans - 23 pages, 1635 mots | 14 minutes de lecture
© Kilowatt, 2025, pour la 1ère édition - tous droits réservés

Sur la route du bled

Sur la route du bled

Toute l'année, ma mère partait à la recherche de trésors, de cadeaux qui envahissaient le moindre recoin de notre appartement. Le jour venu, mon père les entassait en équilibre sur le toit de la voiture, sous les yeux écarquillés de nos voisins. En musique, nous prenions alors la route du bled... la route des vacances !

"Sur la route du bled" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
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Extrait du livre Sur la route du bled

Sur la route du bled de Karim Ressouni-Demigneux et Karine Maincent aux éditions Kilowatt


Fin août, nous étions à peine revenus en France que ma mère profitait de chaque heure de liberté pour partir à la recherche des cadeaux. Nous étions parfois obligés de l’accompagner au centre commercial et à Paris, dans des magasins qu’elle seule connaissait. Je devais m’occuper de mes petites sœurs infernales pendant qu’elle cherchait ses trésors. Dès qu’elle trouvait quelque chose, elle ne l’achetait pas, bien sûr, mais notait maladroitement le prix, en ajoutant un dessin représentant le magasin, pour revenir si elle ne dénichait pas mieux ou moins cher ailleurs.
Au fil des mois le carnet s’enrichissait et, en janvier, au moment des soldes, ma mère entrait en transe. Mes sœurs et moi détestions ces heures de folie où, selon un trajet bien déterminé, elle retournait en courant comparer les prix et, enfin, effectuer ses achats.
Sur la route du bled Le mot arabe bled ( دالب - balad) désigne « la ville », « la région », ou « le pays ».
Dès que nous arrivions au Maroc, ma mère, qui ne savait ni lire ni écrire, achetait à l’épicerie de notre village un nouveau carnet à spirale. Elle dessinait à l’intérieur les cadeaux que la famille lui réclamait pour l’été suivant. Il y avait plusieurs pages pour sa sœur Fatima, plusieurs pages pour son frère Hossein et ainsi de suite jusqu’au dernier des cousins.
Ce que ma mère appelait des cadeaux était en vérité des commandes. Pour notre famille, la France, où nous étions les seuls à habiter, était un fabuleux magasin, dont ma mère, seule, possédait la clé.
Les semaines suivantes, le salon devenait un véritable atelier du père Noël. Avec notre père, nous n’avions plus droit qu’à un minuscule bout de canapé pour nous asseoir et regarder la télé. Elle, assise sur le tapis, emballait les cadeaux avec le plus grand sérieux. Même les modestes passoires en plastique avaient droit à des rubans chamarrés. Quand à la fin du mois de février, notre salon commençait à être bien encombré, elle téléphonait au bled, à sa sœur Fatima, à son frère Hossein et jusqu’au dernier des cousins pour leur annoncer ce qu’elle avait trouvé et ce qu’elle n’avait pas réussi à dénicher. Le carnet s’enrichissait alors de nouvelles commandes. Puis, de mars à juin, elle repartait faire les magasins avant de profiter des soldes d’été.
Une semaine avant notre départ pour le Maroc, tout l’appartement, du salon aux chambres en passant par le couloir et même la douche, regorgeait de cadeaux entassés dans d’immenses cabas en plastique rose et bleu. C’était un vrai labyrinthe où nous nous cachions, où mes sœurs se perdaient. Tous les soirs, mon père observait cet enchevêtrement en rouspétant qu’on ne pourrait jamais tout emporter, que c’était une folie, que c’était n’importe quoi... Et ma mère haussait les épaules en faisant semblant de ne rien entendre.