Extrait du livre Aborigines
Aborigines de Calire Davy-Galix aux éditions Talents hauts
CHAPITRE 1 Le premier fils génétiquement modifié A ssis sur un des bancs à l’avant du ferry, Nathan Vattencourt contemple les vagues de la baie de Sydney, en écoutant le dernier single de Angus and Julia Stone. Cela fait trois jours qu’il est en Australie avec ses parents. Trois jours sans consulter Facebook, trois jours sans e-mails ni SMS, trois jours sans chatter sur MSN. Nathan soupire bruyamment. Ce voyage, ça va être sa mort sociale. Il observe ses parents qui photographient l’Opéra au loin et se dirige vers eux sans enthousiasme. – Ah, Nathan, te voilà ! Enlève tes écouteurs, s’il te plaît, on est venus en vacances pour visiter l’Australie ! Regarde la baie et tous ces voiliers, c’est d’une beauté à couper le souffle, non ? lui dit sa mère.
– C’est magnifique ! ajoute son père. Tu savais que les premiers Anglais à être venus peupler l’Australie étaient des prisonniers ? Ils sont arrivés ici, il y a un peu plus de deux cents ans. Pour l’Angleterre, c’était une bonne façon de vider ses prisons surpeuplées. C’est marrant, non ? – Trop top, répond Nathan. Bon sérieusement, on va faire des visites comme ça tous les jours ? Hier, on a passé la journée dans le quartier des Rocks, aujourd’hui, c’est l’Opéra... Ça ressemble plus à une sortie scolaire qu’à des vacances ! – Tu n’exagères pas un peu? On te laisse dormir jusqu’à dix heures le matin, on ne fait qu’une visite par jour, et tu trouves que c’est encore trop. – Nathan, on sera de retour à l’hôtel à 16 heures. Tu auras encore beaucoup de temps pour retrouver tes copains autour de la piscine ! Donc maintenant, tu arrêtes de te plaindre, d’accord ? conclut son père. Lorsqu’ils arrivent à l’Opéra, il leur tend des audioguides pour la visite. – Ah, c’est curieux, quand même! s’exclame Nathan. Vous m’interdisez les écouteurs pendant les visites, et maintenant, vous me collez ce truc sur les oreilles ! Super pour la communication en famille... – Je t’ai mis la visite en anglais, ça ne te fera pas de mal, j’ai l’impression que tu n’as pas beaucoup parlé anglais depuis qu’on est arrivés ! – Évidemment ! Je vous rappelle qu’ici, c’est l’hiver et tous les jeunes Australiens sont au lycée ! De
toute façon, je suis déjà bilingue ! ajoute-t-il avec un sourire ironique. La preuve : quand c’est marqué Game over sur ma console, je sais que ça veut dire que mon jeu est fini... vous voyez ! Dès que ses parents s’éloignent dans le grand hall d’entrée, Nathan reprogramme l’audioguide en français. La voix de la guide explique que l’Opéra de Sydney est un chef-d’œuvre* d’architecture, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Son toit en forme de coquillage est fait de plus d’un million de tuiles suédoises. « Pour découvrir l’intérieur de l’auditorium, tapez étoile » répète la voix dans ses écouteurs. – Pour me réveiller, tapez-moi dessus, répond Nathan en bâillant. Il ne manquerait plus qu’ils me fassent écouter une cantatrice et là, je plonge dans le coma. Il tape au hasard sur un numéro et replace l’appareil sur son oreille : « Afin de mieux vous faire découvrir l’acoustique exceptionnelle de cet endroit, voici maintenant unextrait de l’Oratorio de Noël de Bach, enregistré à l’Opera Theatre. » Nathan lève les yeux au ciel... Une fois la visite terminée, Thomas Vattencourt rouvre son guide touristique. – On a une vue encore plus spectaculaire en haut du Harbour Bridge, explique-t-il tout en lisant. Il se tourne vers sa femme et son fils : – Qu’en dis-tu, Valérie ? Et toi, Nathan ? On peut même monter jusqu’en haut, accrochés à des harnais de sécurité ! – Aller en haut du pont? s’exclame Nathan. Pas question, j’ai le vertige! Bon, quand est-ce qu’on rentre à l’hôtel ? reprend-il sur un ton exaspéré. Vous ne voyez pas qu’on est différents ? Vous, vous aimez les musées, les randonnées*, les visites guidées ! Moi, ce que j’aime, c’est rester à l’hôtel, ne rien faire et m’amuser avec mes copains. Eh oui, pas de chance pour vous, vous êtes les premiers parents avec un fils génétiquement modifé...
CHAPITRE 2 Woofing? Did You Say Woofing? Near the pool, Steven, an American teenager, is chatting with Émilie, the only French girl staying at the hotel. Nathan walks towards them and smiles at her, thinking she is definitely the coolest girl around; he can’t wait to go to the disco with her tonight. “Hey, Nathan, you’re back, that’s great!” Steven says to him. “We’ve been waiting for you! Where have you been all day?” “Hi, Steven. Salut Émilie! Good to see you again! I’ve spent the whole day with my parents at the Opera House. What a drag!” “Your English is really good!” Steven notices. “You don’t have Émilie’s French accent!” “Hey, what’s wrong with my accent?” Émilie asks, pretending to be offended.
“That’s because I’ve lived in various English-speaking countries for many years,” Nathan answers. “My parents both work for an international building company in New Caledonia.” He turns to the pool and watches his friends lying around him. “Wow, what a perfect moment,” he adds. “The sun. The pool. Good friends. What more could I ask for ?” “Have you seen Anna ?” Steven asks him. “She’s been looking for you all afternoon! She’s really into you, you know...,” he goes on with a smirk. “Have you noticed the way she keeps smiling at you and turns red whenever she talks to you?” “Oh, come on. Give me a break, will you ? It’s so embarrassing. It’s just because she’s really shy. Anyway, she’s nice, but definitely not my type.” “Here she comes!” Émilie says. They all turn their heads to stare at the tall and skinny red-haired girl who is crossing the hall on her way to the pool. “Hi, Anna!” Steven says. “What’s up?” She turns to him and immediately blushes* when she notices Nathan. “Not much,” she says. “I’m just back from a day trip with my parents to Botany Bay National Park, outside Sydney. It’s a great place to see, and the scenery* is fantastic! They had an exhibit about Australia’s wildlife* and its ecosystems, I loved it!”
“Oh, my God! Did you really enjoy that? How boring!” Nathan says. “That’s exactly the sort of thing my parents would love! They’re really into eco-friendly stuff, preserving endangered species, blah blah blah...” Stevens looks at Émilie as she puts her towel very close to Nathan’s. “How do you like Australia so far?” Steven asks Émilie. “Oh, I really like it! They have fancy shops here, gorgeous beaches, nice weather, that’s all I ask for when I travel! Thank God, my mum hates museums as much as I do.” “But then, you don’t do any sightseeing*, do you ?” Anna asks, sounding really surprised. “I don’t care. All I want to do is sunbathe!” Émilie says. “You’re right about Australia’s gorgeous beaches,” Steven says. “We went to Bondi two days ago: it’s Sydney’s most famous beach. We watched the surfers there, and then we went to all sorts of little shops and cafés. I really enjoyed it. It somehow reminded me of Los Angeles, but with fewer cars, it’s much nicer!” “Nathan, which part of France are you from?” Anna asks. “I don’t live in continental France, but in Nouméa, in New Caledonia,” Nathan answers. “It’s a French island that is only two and a half hours away from Australia. That’s why my parents picked this destination for our holidays.” “How long are you staying here?” Anna asks. “Three weeks. My parents want to go hiking in the Outback next week, so we’re flying to Darwin. It’s going to be awful; we’re going to walk all day long.” “Did you say Darwin? What a coincidence!” Anna says. “That’s where I’m going with my parents too! We’re going woofing on a farm.” “Woofing? What’s that?” “It’s a new way for tourists to camp for free on organic* farms: you volunteer to work a few hours a day for the farm, and you get free lodging and free food in exchange.” “The name ‘woofing’ sounds more like a campsite for dogs,” Nathan starts grunting. “Yeah, you’re right, the name’s funny. It stands for ‘Willing* Workers On Organic Farms’. It’s a great way to discover the real Australian lifestyle.” “Sounds like fun,” Steven says. “Sounds like hell,” Nathan replies. While the girls are swimming, Nathan whispers to Steven: “I was complaining about my parents and their plans, but it seems Anna’s parents are even worse! I would hate to go on a farm for my holidays !”
CHAPITRE 3 Une journée mouvementée Enfin d’après-midi, les Vattencourt reviennent de leur randonnée le long du Manly Scenic Walkway, au nord de Sydney. – Alors Nathan, qu’as-tu pensé de notre balade ? – Une balade ? Tu appelles ça une balade ? Dix kilomètres à pied, moi j’appelle ça une marche forcée ! Je ne sens plus mes pieds, je vous préviens, demain, je ne décolle pas de l’hôtel, il va me falloir des jours pour récupérer ! – C’est drôle, à t’écouter, on pourrait croire que tu vas bientôt t’installer en maison de retraite. – Et comment vas-tu faire quand nous irons randonner dans le Territoire du Nord la semaine prochaine ? Tu vas nous faire une comédie comme ça tous les jours ? – Vous irez vous promener en amoureux, et moi, je resterai à vous attendre, ne vous inquiétez pas pour moi !
– Hors de question! Nous avons organiséce voyage en famille: on ne va pas te laisser tout seul dans ta chambre! Tu vas vraiment nous gâcher les vacances en râlant* comme ça tout le temps ? – Moi, j’ai trouvé cette promenade vraiment dépaysante, dit sa mère pour changer de sujet. De belles maisons avec une vue imprenable sur la mer, des yachts dans le port, j’ai adoré. – Moi, je pense que ce sont les gravures* aborigènes sur la falaise que j’ai préférées, ajoute Thomas Vattencourt. Nathan interrompt ses parents. – Qu’est-ce qui se passe là-bas ? C’est bizarre cette foule, non ? Effectivement, un attroupement s’est formé près de la grille d’entrée de l’hôtel. Les gens semblent agités, parlent fort, tournés vers la salle du restaurant. Nathan vient de repérer Émilie dans la foule et s’approche d’elle. – Que se passe t-il? Il y a un problème? – Ah, Nathan, tu es rentré ? lui dit-elle. Il y a le feu à l’hôtel ! Regarde les flammes, ça vient des cuisines ! On nous a tous dit de sortir et d’attendre ici. Les pompiers sont déjà là ! La directrice de l’hôtel passe auprès des vacanciers présents avec une liste, pour vérifier que tout le monde a bien évacué les chambres. – Et nos affaires, elles vont brûler ! On peut aller les chercher ?
– J’ai entendu dire qu’il y avait peu de risques que le feu atteigne les chambres, mais pour l’instant, c’est interdit. Dis donc, je ne vois ni Anna, ni ses parents. Je me demande s’ils sont déjà rentrés ? – Aucune idée... répond-il. Savoir où est Anna est bien le dernier de ses soucis. Les Vattencourt se sont rapprochés de la mère d’Émilie, qui semble être très informée sur la situation. – D’après ce que j’ai entendu, ils vont devoir nous reloger dans un autre hôtel pour la nuit. Quel dommage ! On était bien situés ici, et je crois qu’ils vont nous envoyer plus loin du centre, au-delà du quartier de Kings’ Cross. – Vraiment, on va devoir partir ? Mais on va rater la soirée Dance ! s’inquiète Nathan, qui a rejoint ses parents. – C’est évident que tout va être annulé, voyons. Nathan se dit qu’il est vraiment maudit. Il vient de passer une journée à marcher avec ses parents, et, s’il a surv écu, c’est en pensant à la soirée de la discothèque ! Et pour couronner le tout, il ne peut même plus aller dans sa chambre! Soudain, il se rend compte qu’il a laissé près de son lit sa console de jeux et son téléphone ! Ah non, pas ça ! Il a dépensé tout son argent de poche pour se les payer ! Dans la cour, tout le monde s’est rassemblé autour de la directrice qui vient donner des instructions de sécurité. La fumée s’intensifie autour du restaurant. C’est maintenant ou jamais, il faut faire vite ! Nathan entre dans le hall désert, saisit la clé de sa chambre, et, vérifiant que personne ne l’a repéré, se précipite au troisième étage. Arrivé sur le palier, il s’arrête net. Mais oui, il a bien entendu. Il y a quelqu’un dans une des chambres. Sans plus hésiter, il court le long du couloir, s’arrête devant la chambre d’où proviennent des cris, et essaye de l’ouvrir. Impossible, elle est fermée à clé.
CHAPTER 4 A Trainee Fireman “Help!” shouts a girl’s voice from inside the room. “Can anyone hear me?” “Yes, who’s in there?” Nathan answers. “My name’s Anna Howard, who are you? Can you help me? I heard people shout ‘Fire’ and my door is locked!” “Anna? This is Nathan, are you sure you can’t get out ?” “Yes, it seems the doorknob* is blocked, or perhaps it’s the key,” she repeats, “I’ve tried to turn it again and again, but it’s pointless, it won’t move!” Nathan tries the same thing, too, but the knob doesn’t move an inch. “OK, I’m afraid I can’t open it either. Just take it easy, I’ll go and see if I can find someone to help you, alright























