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L'anneau de Dragon

L'anneau de Dragon

9-12 ans - 96 pages, 27632 mots | 3 heures 19 minutes de lecture
© Rêves bleus - Éditions d’Orbestier, 2000, pour la 1ère édition - tous droits réservés

L'anneau de Dragon

9-12 ans - 3 heures 19 minutes

L'anneau de Dragon

Il était une fois un jeune dragon de 426 ans, qui habitait dans un château. Jusque-là, rien de très original. Il porte d'ailleurs le nom de Dragon l'Ordinaire. Sans espoir, envie ni passion, il coule des journées mornes et tristes dans l'ennui de son château au coeur de la Bretagne profonde. C'est un dragon qui manque totalement d'imagination. Un magicien de passage lui suggère de partir à travers le monde en quête de l'Amour : "Quand on aime, tout est possible..." Et Dragon quitte ses petites habitudes et tente sa chance sur la route. Cependant, il doit emporter avec lui l'anneau magique que lui avait donné sa mère, juste avant qu'elle ne s'envole vers l'Amérique pour tenter de faire fortune à Las Vegas. Dragon va alors être entraîné, malgré lui, dans une incroyable série d'aventures en cascade... Un roman drôlement illustré, plein d'imagination et de fantaisie(s) !

"L'anneau de Dragon" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
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Extrait du livre L'anneau de Dragon

L'anneau de Dragon de Xavier Armange aux éditions Rèves bleus


L'anneau de Dragon
Quatre - Comment vas-tu? demanda le dragon au sorcier. Comme c’était un dragon poli, il commençait toujours par parler d’autres choses que de ce qui l’intéressait vraiment. Avec les jeunes il parlait de la pluie et du beau temps, avec les vieux des rhumatismes et du bon vieux temps. - Je ne rajeunis pas, dit le sorcier, et l’été n’a pas été ce qu’il était... Enfin! Et toi, dragon, la santé? - On fait aller, sorcier, mais tu arrives à point. Il ne me restait plus rien à manger. Je viens de finir ma dernière sardine à l’huile et il me tardait que tu reviennes. Le sorcier Astragor était en fait un marchand ambulant. Il voyageait de châteaux en repaires, de tanières en cavernes pour rendre visite aux ogres et aux dragons, aux nains de la montagne, aux elfes et à toutes sortes de créatures un peu différentes de vous et moi, qui n’ont pas l’habitude de faire leurs courses dans les supermarchés. Il passait une fois par an. Dans les poches de sa cape on trouvait de tout : du savon, de l’eau de lavande, des tee-shirts, de la poudre de Merlinminmin séchée, des bâtons de réglisse, des sardines à l’huile, des pastilles au venin de cobra (contre les moustiques), des glaces à la vanille, des pelotes de fil de fer pour tricoter des cottes de mailles, des bottines fourrées, des piles électriques, des mouchoirs en papier, des paroles magiques contre les poux et les engelures, enfin tout ce dont on peut avoir besoin lorsqu’on est un dragon, seul dans un grand château, loin du monde. - Que veux-tu cette année? demanda Astragor le sorcier. - Comme d’habitude, répondit le dragon. Voyons, une année dure combien, combien de jours, déjà? - 365, en général. - Bien, alors donne-moi 365 boîtes de sardines à l’huile d’olive, si possible. Le dragon reprit : - Et une année comprend combien de mois, déjà? - 12 mois. - Alors, sorcier, mets-moi 12 savonnettes !
Le dragon n’était pas vraiment gourmand, mais il y avait une friandise à laquelle il ne pouvait pas résister. Il adorait les savonnettes! Chaque soir, en s’endormant, il léchait avec délice une savonnette à la lavande. C’était une vieille habitude qui lui laissait la bouche bien propre et lui donnait bonne haleine. - Tu me passes donc la même commande que l’année dernière, la même que l’année d’avant, et cela depuis 426 ans, constata le sorcier. - Bien sûr, pourquoi voudrais-tu que je change ? - Pas de problème! dit le sorcier en sortant de ses grandes poches 365 boîtes de sardines à l’huile d’olive et 12 savonnettes. Voilà ta commande! - Et voici pour ton paiement! dit le dragon en tirant d’une cassette un petit diamant et une belle émeraude rouge. C’est une émeraude très rare, elle est tellement ancienne qu’elle a fini par mûrir, comme une pomme. Le sorcier Astragor remercia. Il y eut un long silence, le dragon réfléchissait. Au bout d’un moment, il se décida à parler : - Tout seul dans ce grand château, je m’ennuie un peu. Je suis bien content que tu sois là. Enfin quelqu’un à qui parler! Tu sais, sorcier, plus je vieillis, plus je m’aperçois que je suis un
UN Un dragon habitait dans un château ; ce n’est pas très original. Chaque matin, quand son réveil sonnait, vers dix heures, il décidait de faire de grandes choses. Premièrement : essayer de tâcher de faire en sorte. Deuxièmement : chercher à tenter de vouloir. Troisièmement : prendre son temps pour ne pas se tromper. Il se tournait alors sur le côté et se rendormait. C’était un dragon très ordinaire.
Deux Ce jour-là, vers midi, la faim réveilla le dragon. Il chaussa ses pantoufles et s’essaya à cracher un peu de feu. Juste pour voir s’il était en forme. Tous les dragons crachent du feu, mais comme c’était un dragon ordinaire il ne parvint qu’à éternuer, comme tout le monde, et cela le mit en colère. Pour se calmer, il décida de faire un vrai repas de dragon. Premièrement : dévorer une vache, un veau, une laitière et son pot au lait. Deuxièmement : avaler trois barriques de vin rouge et un tonneau de poudre à canon. Troisièmement : engloutir un ruisseau, une rivière, un fleuve et un petit océan. Malheureusement, lorsqu’il arriva dans sa cuisine, il n’y avait rien de tout cela. Au fond de sa glacière le dragon ne trouva qu’une sardine à l’huile et il dut s’en contenter pour son petit déjeuner, son déjeuner, son quatre heures et son souper. C’était un dragon vraiment très ordinaire.
Trois Demain, je vais faire de grandes choses, pensa le dragon. Il disait déjà cela quand il était tout petit et, depuis 426 ans, il le répétait chaque matin. C’était pourtant maintenant un grand garçon en pleine forme. Mais il avait un problème : c’était un dragon qui n’avait pas d’idées... Son père s’était battu avec les ogres de la montagne Noire, sa mère avait dévoré l’armée du Grand Vizir, avalé une douzaine d’éléphants, sans recracher les défenses, son papy avait consumé des villes entières, sa mamy avait consommé des bataillons de zouaves... Toute sa famille avait eu des idées, de bonnes idées... Mais lui, le petit dernier, il ne savait que faire, sinon s’ennuyer ferme au fond de son château de sa Bretagne profonde, à Plougazec-Plagouzic. Il venait de décider d’aller se mettre au lit lorsqu’il entendit la sonnerie de la poterne d’entrée. Il descendit rapidement les 752 marches du donjon et regarda par le judas de la porte. Il vit un gros œil lumineux qui lui fit très peur, et il pensa qu’un monstre venait lui rendre visite. Il s’aperçut que ce n’était que la lune qui luisait dans la nuit noire. Il distingua alors une forme sombre, une cape couleur de mystère foncé surmontée d’un chapeau de la même teinte. Un drôle de chapeau pointu comme en portent la plupart des magiciens. Il tira les verrous, la bobinette chut et la porte s’ouvrit en grinçant affreusement. - Mon ami! s’écria le dragon. Mon grand ami Astragor! Je t’attendais avec impatience. Ils s’embrassèrent longuement, puis le dragon referma la porte, il éclaira le sol avec son flambeau et il gravit les 752 mar - ches, suivi par son étrange visiteur à chapeau pointu, le sorcier Astragor.
dragon ordinaire, vraiment ordinaire, je n’ai pas beaucoup d’idées. Pourtant, je suis bien toujours décidé à faire de grandes choses, demain, mais je ne sais pas lesquelles... Je manque vraiment d’imagination... - Hum, hum..., toussota le sorcier Astragor. Il réfléchit un long moment et se racla la gorge. Ses yeux s’illuminèrent et il s’adressa au dragon : - Eh bien, je vais te faire un cadeau, cette année. Je vais te donner ce qui te manque le plus, je vais te donner... une idée! - Tu es un véritable ami, s’écria le dragon, laquelle? Astragor se concentra et prit le ton d’un professeur expliquant les règles d’accord du participe passé avec l’auxiliaire être et avec l’auxiliaire avoir, ce qui n’a rien à voir. - Voilà, dit enfin le sorcier, si tu t’ennuies, si rien ne va vraiment bien, si la vie te semble triste, si rien ne t’intéresse, en un mot si tu manques d’envies et d’idées, c’est parce que tu n’es pas amoureux! Quand on est amoureux la vie change tout d’un coup. On se sent capable de faire de grandes choses, de déplacer des montagnes. Quand on aime, tout est possible! - C’est quoi exactement « être amoureux »? demanda le dragon, intéressé. - Ah! dit pensivement Astragor, c’est un vieux souvenir... Être amoureux, c’est être malheureux lorsque la personne qu’on aime n’est pas là... C’est avoir chaud lorsqu’il fait froid, c’est trouver beau un soir d’été même lorsqu’il pleut, parce qu’on est ensemble... Être amoureux, c’est aussi une petite musique qui ne te quitte plus et qui t’aide à vivre... Mais, tout ça, c’est des mots, dragon! Être amoureux, c’est pouvoir oublier les mots et vivre ensoleillé... - Tu as déjà été amoureux ? demanda le dragon. - Oui, répondit à voix basse Astragor, il y a bien longtemps... Mais celle que j’aimais a disparu mystérieusement et tous mes secrets de magicien n’ont servi à rien... Je ne l’ai jamais retrouvée... - Moi, je veux bien être amoureux, merci pour cette idée, mais je ne vois pas comment faire, tout seul dans ce château! Je peux essayer, mais ce sera difficile... Non, je ne vois pas! - Dragon, dit le sorcier d’une voix forte, il n’y a qu’une solution, une seule : pars! Pars sur les routes et les chemins, rencontre les autres, découvre le monde, vis ta vie, et tu trouveras certainement quelqu’un que tu aimeras et qui t’aimera. Quelqu’un avec qui tu seras bien, avec qui tu voudras vivre longtemps, toujours peut-être...
- C’est une bonne idée, convint le dragon, je n’y avais pas pensé! Mais les dragonnes sont rares aujourd’hui, où puis-je en rencontrer? - Ne te tracasse pas, répondit le sorcier, les temps changent! Il n’y a pas que les dragonnes! Pars et ta vie changera. Adieu, dragon! Il se fait tard et j’ai encore beaucoup de route à faire. Je repasserai ici dans un an et je pense que tu ne seras plus seul, si tu suis mon conseil... - Merci, Astragor, prince des marchands-sorciers, ton idée est vraiment excellente! Demain à l’aube, Dragon l’Ordinaire aura quitté le château de ses ancêtres! Il raccompagna le sorcier à la porte du château. - Bonne route, Astragor, et que la lune guide tes pas! - Bonne route à toi aussi! répondit en écho l’ombre du sorcier qui s’éloignait dans la nuit. Et le magicien fut avalé par les ténèbres... « J’ai dû rêver... », pensa le dragon. Il se tâta les cornes, se pinça le museau comme on fait d’habitude dans ces cas-là. Il se fit mal et cria. Il était donc bien éveillé! Alors il décida de s’endormir. La nuit porte conseil. Cinq Le dragon s’éveilla avant le chant du coq. Ce n’était d’ailleurs pas difficile puisqu’il n’y avait pas de coq au château. Il était toujours décidé à partir, à suivre le conseil du magicien. Il avala une sardine à l’huile d’olive et commença à préparer le château pour son départ. Il ferma les 121 volets des 61 fenêtres (il y avait une fenêtre qui n’avait qu’un volet), tourna la clef de la bouteille de gaz, entrouvrit la porte de la glacière. L’électricité ne fonctionnait plus depuis qu’il avait oublié de payer la note. Il sortit un vieux sac à dos qui avait servi à son parrain lorsqu’il était parti en croisade pour aider le roi à dévorer les infidèles. Il remplit le sac de boîtes de sardines à l’huile d’olive, y ajouta trois savonnettes (on ne savait jamais, le voyage pouvait être long), une paire de pantoufles fourrées et un tube de cirage incolore
qu’il gardait en réserve pour faire briller ses écailles au cas où il tomberait amoureux... « C’est vrai, je vais peut-être tomber amoureux! » pensa le dragon. Ces mots lui parurent étranges. On tombe amoureux comme on tombe des nues, terrassé par un coup de foudre... On peut aussi tomber de haut, sur un os! Tomber, c’est descendre, chuter de plus en plus bas. Mais l’amour stoppe la chute, inverse le mouvement. Alors, tomber amoureux, c’est monter de plus en plus haut? « Quelle histoire! » pensa le dragon, qui se remit à ses préparatifs de départ. L’horizon s’éclairait tout juste, le soleil paressait et tardait à se lever lorsque le dragon ferma la poterne de son château de trois tours de clef. Depuis qu’il était né, il n’avait jamais quitté son château. Il n’y avait pas pensé! Il s’assit sur le bord du chemin et, levant le pouce de la main droite en l’air, il fit du stop. Personne ne le prit. La première raison, c’est que ce n’était ni un militaire en tenue ni une jolie jeune fille. La seconde, c’est que personne ne passa de la matinée, à l’exception d’un vieux lapin qui ne prenait jamais personne en stop, par principe. Découragé, Dragon l’Ordinaire baissa le pouce et se mit à réfléchir. Sa réflexion était déjà bien mûre quand soudain il se rappela qu’il avait commis un oubli terrible en faisant ses bagages. Il fallait de toute urgence retourner au château chercher l’anneau magique que lui avait donné sa mère, juste avant qu’elle s’envole vers l’Amérique pour tenter de faire fortune à Las Vegas. Cet anneau magique était transmis de dragon en dragon depuis si longtemps qu’on ne se souvenait plus au juste quand un habile joaillier l’avait forgé. On savait qu’il avait appartenu à Dragon le Drogué, au temps où les hommes n’étaient encore que des poissons, et à Dragon le Dragueur, le traqueur de drakkars. Aujourd’hui, enfoui sans doute au fond d’une malle poussiéreuse, il appartenait à Dragon l’Ordinaire. « Impossible de partir à l’aventure sans cet anneau magique », pensa le dragon en franchissant le pont-levis. Il tourna trois fois la clef dans le sens opposé aux aiguilles d’une montre et la bobinette chut, il grimpa les 752 marches qui le séparaient de sa chambre et commença à farfouiller dans tous ses coffres, dans les tiroirs et les malles, dans les dessertes, les cabinets, les classeurs, les étagères, les commodes, les coffres à jouets et les dressoirs. Comme il ne faisait pas souvent le ménage, il souleva des nuages de poussière. Il mit un bazar épouvantable dans tout le château
et retrouva des choses qu’il croyait avoir définitivement perdues : des vieilles savonnettes à demi léchées encore utilisables, des photos de sa mère quand elle était petite et s’amusait sur les genoux d’Attila, le roi des Huns, et bien d’autres objets très agréables à retrouver mais pas d’anneau magique! La nuit tombait. Le dragon ordinaire était complètement découragé. Du sommet du donjon au plus profond des oubliettes il avait tout remué, ouvert, vidé, déplacé sans trouver l’anneau. Il s’assit sur son lit et finit par s’endormir. Le sol s’approchait du dragon à toute vitesse. Celui-ci allait s’écraser quand il aperçut une forme lumineuse qui lui sembla adorable. Et, en s’écrasant effectivement sur elle, il se rendit compte qu’il tombait amoureux! Le choc cependant le réveilla et il se demanda si c’était si agréable que ça de tomber amoureux... Il risqua un œil vers la fenêtre. Le soleil était déjà haut au milieu du ciel. Une boule de désespoir lui noua la gorge. Comment pourrait-il quitter son château et partir à l’aventure s’il ne retrouvait pas son anneau magique, et comment tomberait-il amoureux s’il restait au château? Si seulement une idée lui venait pour retrouver son anneau! Mais, des idées, on sait qu’il n’en avait pas beaucoup... Il descendit dans sa bibliothèque. Un tas de livres encombrait le milieu de la pièce. Toutes les étagères avaient été fouillées en vain. L’anneau ne se cachait pas derrière les vieux bouquins. Il en prit un au hasard. Quelquefois, le hasard fait bien les choses. Ce fut le cas. Le livre s’appelait : Traité magique des anneaux. Il le feuilleta distraitement et tomba sur le chapitre : « Des anneaux perdus. » Il lut : Si un anneau est perdu, il importe de le retrouver. Les anneaux magiques jouent parfois des tours à ceux qui les cherchent. Qui le croit à la cave le retrouve au grenier. Qui le cherche le lendemain le retrouve la veille et le vieux proverbe est bien souvent réalité : « Anneau qu’on croit au loin perdu, c’est anneau dans la poche cachu. » « Drôle de rime, pensa le dragon, mais je ne suis pas plus avancé avec tout ce charabia ! » En colère, il enfonça ses poings dans ses poches et alors il sentit quelque chose de dur, de rond, de froid, de percé en son centre. « Qu’est-ce que c’est que ce truc? » s’interrogea le dragon, qui n’avait pas beaucoup d’idées. - L’anneau, c’est l’anneau magique! hurla-t-il de joie. C’était bien l’anneau de Dragon le Drogué et de Dragon le Dragueur que sortit Dragon l’Ordinaire de sa poche! C’était un anneau facile à reconnaître. De forme ronde, son centre était vide mais on ne