Extrait du livre Mauvaise connexion
Mauvaise connexion de Jo Witek aux éditions Talents hauts
Prologue Je m’appelle Julie Nottini. J’ai dix-huit ans. Mon cas n’est pas unique. Nous sommes des milliers de filles chaque année à nous sentir sales, honteuses, souillées. La plupart d’entre nous n’évoquent jamais ce qui leur est arrivé et préfèrent se taire. Elles font comme si ce n’était pas si grave. Elles baissent la tête et poursuivent leur chemin. C’est ce que j’ai fait, au début. J’avais honte. Difficile de raconter une humiliation sans se salir, salir sa famille, son avenir. Difficile de décrire ce qu’on voudrait fuir à jamais. Trouver les mots justes, se replonger dans un passé qui blesse... Pas facile de raconter ce genre d’histoire. On craint toujours que les gens ne nous croient pas, nous accusent de mensonges, nous jugent. On se sent si stupide d’avoir été abusée. Le vrai coupable le sait bien, lui. Il en use souvent pour
dissimuler son crime et poursuivre ses méfaits en toute impunité. Contrairement à ce que je pensais, la violence entre un garçon et une fille ne fait pas toujours de bruit. Parfois, elle s’immisce en douceur dans les chambres adolescentes. Elle peut même prendre le visage de l’amour. Tu te sens en confiance, aimée, adorée, alors tu ouvres grand ta porte... et la caresse se transforme en coup. Si je raconte mon histoire, c’est pour briser d’autres silences que le mien. J’écris aussi pour me reconnecter à ma vie. Je m’appelle Julie Nottini, j’ai dix-huit ans, je suis une fille parmi tant d’autres. Tout cela s’est passé il y a quatre ans. Ce soir-là, je m’étais disputée avec ma mère, une fois de plus. Je me sentais seule, abandonnée, mal aimée. Alors, je me suis inscrite sur un nouveau tchat, sous le pseudo de Marilou. C’est comme ça que tout a commencé. J’avais quatorze ans. Ma mère refusait que je prenne des photos de mode avec mes amies. Elle détestait ce rouge carmin sur mes lèvres et me disait que je lui faisais honte avec mes talons dorés et ma mini-jupe de poupée. Pourtant, c’étaient juste des photos, pas de quoi en faire un drame ! Avec Katia, ma meilleure amie, on adorait se photographier ou réaliser des vidéos de défilés de mode. Nous deux en maillot de bain, nous deux maquillées, nous deux coiffées, sauvages, apprêtées, sexy ou rockeuses en jean troué. On se trouvait jolies. On l’était, ça se voyait bien dans le regard des garçons. Même les amis de ma mère
n’arrêtaient pas de le souligner : « Ces deux-là, il va falloir les tenir, elles vont faire des ravages ! » C’est exactement ce qu’on voulait avec Katia : faire des ravages avec notre beauté. Danser, chanter, rire, nous amuser et braver les interdits des parents ! Et puis, on avait envie d’amour, envie de faire l’amour, aussi. On savait bien qu’on n’avait pas l’âge, mais on en avait quand même envie. Alors, en attendant, on se photographiait dans nos chambres, rêvant à des carrières de top-modèles. Ma mère détestait mon attitude. Elle ne supportait pas l’idée que sa fille puisse se comporter en « pétasse ». C’est ce qu’elle m’a dit ce soir-là, quand elle est tombée sur les dizaines de photos numériques sur l’ordinateur familial. – Une vraie pétasse ! Tu n’as rien d’autre dans la tête ? Des paillettes, du shopping et des envies de t’exhiber dans les magazines ou sur le web ? Tu n’as pas d’ambitions plus intéressantes dans la vie ? Tu as un cerveau, bon sang, Julie ! Il serait temps de t’en servir un peu. J’avais beau lui rappeler que mannequin était un vrai métier, qu’elle ne pourrait pas m’en empêcher, ma mère s’en moquait. Elle ne voulait plus en entendre parler. Elle a effacé toutes mes photos et désactivé la webcam de l’ordinateur. J’ai claqué la porte de ma chambre, j’ai crié et pleuré sur Rose, ma poupée manga. J’avais besoin de parler. De rencontrer quelqu’un qui me comprenne vraiment. Alors, je me suis inscrite sur un nouveau tchat. J’ai tapé « Marilou ». Je trouvais que ce pseudo correspondait bien à la fille que j’avais envie d’être. Plus sexy, plus délurée, plus effrontée aussi. Marilou, une autre moi-même. Une fille qui l’a tout de suite attiré. – Bonjour, Marilou. Marilou, c’est joli comme prénom. T’as quel âge ? J’ai menti : – Seize. Et toi ? – Vingt. Mentait-il lui aussi ? Je ne me suis pas vraiment posé la question, trop heureuse de partager ma tristesse nocturne avec un garçon. J’ai poursuivi. – Je viens de me disputer avec ma mère. Elle refuse que je fasse des photos de mode. – Elle doit être jalouse de ta beauté. – Merci. Je crois que tu as raison. – Je sais de quoi je parle, je suis photographe de mode. – C’est vrai ?
– Oui, pour des défilés à Paris et des shooting magazines. On peut la voir quelque part ta jolie frimousse, Marilou ? Voilà. Ça a commencé comme ça. Il s’appelait Laurent et je lui ai donné accès aux pages Internet où j’entreposais, à l’insu de ma mère, mes plus belles photos. Ça a tout de suite fonctionné entre nous. Il était mûr, attentif, protecteur. Il m’a trouvée jolie, délicieuse, élégante. Dès le premier soir, nous avons échangé nos mails personnels. C’est lui qui a préféré interrompre notre discussion, me rappelant que j’avais cours le lendemain et qu’il était important à mon âge de bien travailler. Ça m’a rassurée sur son côté sérieux. – Bonne nuit, Marilou. Je suis très heureux de t’avoir rencontrée. – Moi aussi. – À demain, 22 heures 15 ? C’était un rendez vous ! Mon premier rendez-vous amoureux avec un homme, un vrai. Un garçon de vingt ans ! La classe ! J’étais folle de joie et je me suis endormie avec son prénom sur les lèvres. Il était si beau sur la photo. J’étais flattée qu’il s’intéresse à moi. Le lendemain, en me réveillant avec Rose dans les bras, j’ai cru que j’avais rêvé. Cette rencontre était si romanesque. Moi, une ado banale, perdue au fond d’une petite ville de province. Lui, le photographe parisien, déjà autonome et adulte. Et pourtant, je n’avais pas rêvé : j’avais sa photo sur mon bureau. Celle qu’il m’avait postée pendant notre premier tchat et que j’avais aussitôt imprimée en couleurs sur une feuille A4. Désormais, le garçon de mes rêves avait un visage et je ne me lassais plus de l’admirer. Au collège, j’ai un peu hésité avant d’en parler à Katia. Cela me semblait un peu bizarre au grand jour. Je devinais que ma meilleure amie ne verrait pas d’un très bon œil cette conversation avec un garçon plus âgé que moi. Sa mère n’arrêtait pas de la mettre en garde contre les réseaux de pédophilie sur le web et contre les hommes qui donnaient des rendez-vous à des jeunes
filles mineures. Pour cette raison, Katia avait souvent peur des mauvaises rencontres et demeurait prudente. Personnellement, je trouvais sa mère rabat-joie avec ses idées alarmantes. Je me disais qu’elle exagérait et que les routes du web n’étaient certainement pas plus dangereuses que celles de la réalité. Dans la vraie vie aussi, on pouvait se faire écraser en sortant de chez soi, ce n’était pas une raison pour vivre cloîtré. Malgré tout, Katia aussi se connectait en douce à des réseaux sociaux. C’est pour cela que je lui ai finalement tout raconté : je ne pouvais pas cacher une telle aventure à ma meilleure amie ! – T’es malade ou quoi ? Un mec de vingt ans ! – Et alors ? Il n’a que six ans de plus que moi. C’est un type bien ! Regarde, j’ai sa photo. Je lui ai montré la page que j’avais imprimée. Laurent était attirant, jeune et n’avait rien d’un pervers. Katia en est convenu et on a passé le reste de la récré à parler de lui. Il était à l’image de l’homme idéal des comédies romantiques, beau, drôle, charmant, attentionné. Je ne touchais plus terre, encouragée par les cris de joie de mon amie qui ne cessait de répéter que j’avais de la chance, trop de chance, et qu’elle aussi adorerait rencontrer un garçon comme lui. Nous étions aussi excitées l’une que l’autre. – Tu sais où il habite ? – À Paris. Il est photographe de mode ! – Tu crois qu’il pourra nous faire passer des castings ? – Bien sûr, il est tellement sympa . Mais, je ne veux rien lui demander pour l’instant. Il faut d’abord qu’on apprenne à mieux se connaître. Katia m’a juré de ne révéler à personne cette nouvelle relation et je suis sortie des cours en sautillant. – Tu crois que tu vas tomber amoureuse ? m’a demandé mon amie, au moment de nous séparer. J’ai hurlé : OUI ! et M. Barcau, mon prof de maths a levé les yeux au ciel avant de poursuivre sa route pour rejoindre sa voiture. Oui, j’étais complètement hystérique, et alors ? Ne disait-on pas que l’amour rendait fou ? Et je me sentais déjà folle de lui. Alors, je me moquais bien du jugement de M. Barcau, comme de celui de la terre entière.
Avec lui, je me suis tout de suite sentie en confiance. À 22 heures 15, dès le deuxième soir, il était au rendezvous. J’aimais sa façon d’écrire dans une langue soutenue, ses messages parsemés de petites attentions et de gentillesses. Il était si différent des garçons que j’avais rencontrés. Jusqu’à présent, les mecs avec qui j’étais sortie ne pensaient qu’à afficher ma photo sur les réseaux, comme une sorte de trophée. Pour eux « être en couple » se réduisait à un « Vous avez vu les mecs, la belle fille que j’ai pécho ? » Ils considéraient la relation amoureuse comme un accessoire de mode, une babiole qu’on accroche à son bras pour se vanter devant les copains et renforcer sa virilité. Et puis, il fallait bien avouer que, très souvent, après une fougueuse période de baisers passionnés, nous n’avions rien à nous raconter. Avec Laurent, tout était différent. Il était le premier que j’apprenais à connaître.
à distance et cela changeait tout. Chaque tchat, chaque mail nous conduisait un peu plus l’un vers l’autre. Nous restions discrets, prudents, et prenions le temps de nous découvrir sans faire de plans sur la comète. J’aimais cette pudeur et sa façon de me respecter comme si j’étais une fille exceptionnelle, unique. Avec lui, je me suis tout de suite sentie plus grande et plus jolie. Ses mots répondaient parfaitement à mes angoisses adolescentes. Il me protégeait, m’admirait et m’encourageait dans ma vocation pour le mannequinat. Nous passions des heures devant l’écran, chaque message échangé me liant davantage à lui. Au bout d’une semaine, je n’avais plus qu’une envie : me blottir dans ses bras. – Quand est-ce qu’on va se voir ? osai-je lui demander le septième soir. – Bientôt, Marilou, bientôt. Je te l’ai dit, je ne suis pas encore tout à fait libre. J’étais avec une fille avant notre rencontre, je dois lui laisser un peu de temps. Dès que je l’aurai vraiment quittée, je serai tout à toi, ma beauté, et mes lèvres pourront enfin effleurer les tiennes. « Notre rencontre », « Tout à toi », « Ma beauté », « Mes lèvres sur tes lèvres ». Je me répétais ses mots le soir avant de m’endormir, en serrant ma poupée Rose au parfum de lilas. Bientôt, Laurent viendrait me chercher après les cours, il m’emporterait sur sa moto et nous irions courir sur la plage main dans la main. Je me faisais mon cinéma. Avec lui, je voulais vivre tous les clichés des gens heureux. Et puis, j’adorais sa maturité et la façon qu’il avait de calmer mes impatiences de jeune fille amoureuse. – Moi aussi, bébé, j’en crève, de ne pas pouvoir te serrer dans mes bras. Mais il faut attendre, notre amour n’en sera que plus fort. Pour l’instant, je veux que tu travailles bien en cours, que tu sois la meilleure. Alors, éteins l’ordi, ma belle, et file au lit ! Et ne sois pas trop dure avec ta mère, elle vous élève toute seule toi et ton frère, ce n’est pas facile. J’étais à ses ordres. Je trouvais qu’il sentait bon l’homme, même à distance. Jamais aucun garçon n’avait autant pris soin de moi et de ma famille. Il se souvenait de tout ce que je lui écrivais. Il savait me rassurer, me guider, écouter mes problèmes. Au fil de nos échanges, il me transformait, me rendait plus performante, plus souriante. Je me suis mise à travailler davantage, à faire mes devoirs avec une volonté de fer. J’avais envie de devenir celle qu’il voulait que je sois. Quinze jours
plus tard, ma mère a souligné mon changement de comportement en me félicitant. – Dix-huit en histoire, quinze en maths ! C’est génial, Julie ! Tu as enfin compris que ton avenir passait par les études et non par le maquillage ! Si tu continues comme ça, je t’autoriserai à sortir un peu plus tard le week-end avec tes amis. Maman était heureuse, je l’étais moi aussi et les repas du soir retrouvaient un peu de la légèreté des soirées de mon enfance, lorsque Papa vivait à la maison et que mon frère Sacha et moi étions encore assez proches pour éclater de rire et recracher nos petits pois dans nos assiettes. La maison avait tellement changé depuis quelques années. Mes parents avaient divorcé et mon père était parti au bout du monde pour refaire sa vie sans nous, se contentant de nous emmener en vacances et de nous envoyer de l’argent pour « que tout se passe bien ». Ma mère travaillait d’arrache-pied au service de cardiologie de l’hôpital et s’écroulait de sommeil à 22 heures, quand elle n’était pas de garde toute la nuit. Quant à mon frère Sacha, censé prendre soin de moi lors des absences de Maman, il ne m’adressait presque plus la parole, préférant jouer en ligne avec ses copains virtuels. Je m’en moquais, car désormais j’avais Laurent, quelqu’un qui veillait sur moi avec tendresse. J’aimais le retrouver, le soir, dans la pénombre de ma chambre, blottie dans notre cachette numérique. – Maman est super heureuse de mes notes ! – Bravo, ma puce ! Il faut continuer. Je suis siffler de toi ! J’avais envie de le sentir, de le voir, de le toucher et de l’entendre. Ces conversations commençaient à me faire souffrir parce que je m’étais sérieusement attachée à lui et que ses mots sur l’écran ne me suffisaient plus. Alors, un soir de notre troisième semaine de tchat, j’ai craqué. Je lui ai proposé de me téléphoner. Il a refusé catégoriquement. – Je n’ai pas envie que ça se passe comme ça entre nous, m’a-t-il posté en réponse. Je ne veux surtout pas que notre histoire se banalise. On se connecte, on s’appelle, on se fait un ciné, une bouffe ! Quelle horreur ! C’est si vulgaire. Amour, amitié, tout se mélange aujourd’hui. Les gens ne savent plus se séduire, ni soigner le décor de leur histoire. Moi, je vois les choses en plus grand pour nous deux, comme au temps des
grandes correspondances amoureuses. George Sand et Alfred de Musset, tu te souviens ? Tu as dû étudier ça en français. Ils s’écrivaient de longues lettres, ils rêvaient à l’amour absolu, à la beauté d’une relation à deux. Parfois, ils se déchiraient, mais leur passion avait vraiment de l’allure. C’est ce que je veux pour nous deux, tu comprends ? Du temps, de la grandeur, de la hauteur... Tu me suis, bébé ? – Oui, je te suis. De toute façon, je l’aurais suivi au bout du monde. Je buvais chacun de ses mots comme une promesse de tendresse. Avec lui mon insipide quotidien de collégienne prenait des allures de romance cinématographique. J’adorais sa façon de voir le monde, sa poésie, son grain de folie. Je me laissais envahir par cette passion dévorante qui faisait vibrer chaque parcelle de mon corps, chaque recoin de mon âme. Je voulais être sienne, lui appartenir entièrement, exaucer chacun de ses désirs. J’étais comme envoûtée par cet homme de l’autre côté de mon écran et lui m’assurait qu’il l’était aussi. « Je suis fou de toi, ma belle », écrivait-il. Marilou était folle de désir et Julie, elle, pensait être aimée. – Alors, raconte ! Lors du premier mois de notre correspondance, Katia fut la complice privilégiée de ma passion amoureuse. Je me précipitais tous les matins à l’arrière du bus pour lui raconter notre conversation de la veille. Très vite, nous nous mîmes à imprimer les lettres que Sand et Musset s’écrivaient et que nous trouvions sur Internet. Grâce à Laurent, la littérature du xixe siècle qui, quelques mois plus tôt nous aurait semblé ennuyeuse, devint notre tasse de chocolat chaud du matin. Nous glissions dans nos sacs lettres ou poèmes d’amour que nous nous lisions à la récréation, les yeux implorant le ciel. Katia profitait de ma folle histoire pour rêver à la sienne, me répétant que j’avais de la chance, qu’elle aussi voulait connaître un tel amour, qu’elle aussi en avait assez des garçons de quinze ans qui ne pensaient qu’au sexe et si peu aux sentiments.
– Hier, il m’a écrit ce poème. – Hier, il m’a conseillé cette lecture. – Hier, il m’a dit : « J’aime en toi tout ce qui est invisible, bien plus encore que ton insolente beauté ! » Je rapportais les moindres détails à Katia comme pour revivre le plaisir que m’avait procuré ma correspondance de la veille. Je la tenais informée de ma « web aventure » avec la précision et le sérieux d’un navigateur en haute mer. Et Katia m’écoutait patiemment. Elle était une oreille amicale, passive et conciliante : l’amie idéale. Au début, du moins. D’un commun accord, nous avions décidé de ne dévoiler mon histoire à personne. Avec Katia, nous étions parfaitement conscientes que ce genre de relation amoureuse entre une adolescente et un jeune adulte sur le web, déclencherait, aussitôt débusquée, l’inquiétude des adultes et la jalousie des autres filles. Aussi Katia me fit-elle la promesse du secret absolu et définitif. Rien ne devait jamais filtrer ! En échange, je m’étais engagée à tout partager avec elle. Notre pacte tint bon un mois entier puis prit l’eau. Katia craqua la première et moi, je m’enfermai dans mes certitudes, convaincue de sa jalousie. Je me suis laissée dériver. Il faut dire que ma relation avec Laurent m’avait déjà pas mal isolée et éloignée de mes autres camarades. Il m’encourageait à devenir une excellente élève, alors je passais mes soirées et la plupart de mes week-ends à réviser. Je m’entraînais comme une championne pour les J.O. Je le faisais pour lui, par passion, pour que mes actes illustrent mon amour, pour que Laurent sache combien je l’aimais. Je ne participais donc quasiment plus aux soirées, ni même aux après-midi ciné entre copains. Pour lui, je me faisais nonne, une religieuse qui dédiait sa vie à son dieu, afin de lui témoigner son engagement. Mon dieu à moi s’appelait Laurent et le reste du monde ne m’importait plus. Katia m’en fit le reproche un samedi où je refusais de l’accompagner à une soirée. C’est comme ça que notre amitié s’est effritée. – T’es chiante à la fin, Julie. Pourquoi tu ne veux plus sortir avec nous ? – Je n’ai pas envie d’aller à ces soirées débiles avec ces mecs de quinze ans qui ne pensent qu’à nous draguer lourdement. – C’est ton Laurent qui te rend comme ça ? – Non. Enfin, je l’aime et je me fous du reste, c’est tout























