Extrait du livre Mystères à Rome
Mystères à Rome d'Alain Surget et Louis Alloing aux éditions ABC Melody
Mystères à Rome
Chapitre 1 Les archéologues en herbe Le train arrive à la gare Termini de Rome avec deux heures de retard. Il convoie entre autres passagers les CM2 d’Alex Moury et leurs habituels accompagnateurs, Mélanie et Farid. – Le voyage était long, m’sieur, se plaint Jasper à son maître. Le conducteur ne devait pas savoir qu’il transportait une classe d’archéologues, de
futurs découvreurs de trésors. On va devenir aussi célèbres que Parker qui a trouvé le tombeau de Toutankhamon. – Carter, le corrige Amytis. C’est Howard Carter qui a découvert la tombe de ce pharaon, pas Parker. – Ouais, ouais, réplique Jasper. Nous, on sera tellement connus que les gens ne se tromperont jamais sur nos noms. Durant plusieurs semaines, les élèves ont réalisé un dossier sur les fouilles archéologiques, les méthodes, la préservation des objets... travail qui leur a permis d’entrer en contact avec un Centre archéologique basé à Rome. Après une fructueuse correspondance, le centre a invité la classe à intervenir pendant quelques jours sur un site romain, les fameux thermes de Caracalla, dont une partie a été spécialement aménagée pour servir à des activités pédagogiques. Alex Moury cherche sur son plan la Via Principe Amedeo où se situe leur auberge de jeunesse, le Generator. – C’est à une dizaine de minutes à peine, dit-il. Vous n’aurez pas à transporter vos bagages bien longtemps. Tous traversent l’immense hall qui ressemble à un centre commercial, louvoient entre la foule des voyageurs, sortent de Roma Termini, se dirigent vers la Piazza Vittorio Emanuele et découvrent la Via Principe Amedeo située entre la gare et la place. – La classe avec laquelle nous allons partager l’auberge et les fouilles vient du Piémont, de Sestriere, en face de Briançon, rappelle le maître à ses deux accompagnateurs comme ils longent la rue. Vu notre retard, je suppose qu’elle est déjà arrivée. Ils parviennent très vite au Generator où ils sont accueillis par un personnel multilingue. Envoyés en éclaireurs par leur maître,
debout dans le hall, trois garçons piémontais les regardent et échangent quelques commentaires à voix basse. Les élèves d’Alex Moury sont ensuite répartis dans des dortoirs à six et à quatre lits superposés. Une demi-heure plus tard, ils se retrouvent dans le vestibule où, cette fois, c’est toute la classe de Sestriere qui les attend. – Bonjour à toutes et à tous ! lance le maître Salvatore Gerolami qui se présente à eux. Et voici Francesca et Emanuela ! poursuit-il en désignant ses deux accompagnatrices. Alex Moury, Mélanie et Farid s’empressent de saluer leurs homologues. Puis c’est au tour des enfants de se présenter à tour de rôle. – Le fait que nous habitions à un vol d’oiseau de la France a rendu indispensable de pouvoir nous exprimer dans les deux langues, s’enorgueillit Salvatore Gerolami. Nous espérons que tous les enfants vont bien s’entendre et travailler en commun. – Nous vous attendions pour nous rendre ensemble aux thermes de Caracalla, déclare Emanuela. – Eh bien, allons-y ! lance Alex Moury avec un sourire rayonnant et un grand geste pour inviter tout le monde à se mettre en route. Les deux classes sortent de l’auberge de jeunesse pour rejoindre la station de métro Vittorio Emanuele, à deux pas de là. Pourtant, alors que les maîtres parlent entre eux, les élèves ne se mélangent pas et s’étirent sur deux files bien distinctes. Une fois dans la rame de la ligne A, les filles finissent par se rapprocher tandis que les garçons demeurent encore hésitants.
– Je m’appelle Amytis, commence la fillette en s’adressant à une gamine au regard pétillant. Et toi ? – Giulia ! C’est la première fois que tu viens à Rome ? La conversation s’engage. Mélissa et Cerise se mettent aussi à parler à leurs voisines du Piémont, puis d’autres filles s’ouvrent à la discussion. Romain et Hugo font connaissance avec Marco et Giuseppe, tandis que Thomas montre à d’autres garçons des photos de ses voyages en Écosse, à Londres et en Égypte. Jasper, lui, a les yeux rivés sur un certain Antonio, sentant en lui son double. Celui-ci observe Jasper du coin de l’œil, ayant confusément la même impression. Après avoir changé de rame et emprunté la ligne B, les classes descendent à Circo Massimo et poursuivent à pied par la Via delle Terme di Caracalla dont l’entrée est marquée par un obélisque. Longeant la voie ombragée par des pins parasols, les enfants atteignent bientôt les thermes. Situés au pied de la colline de l’Aventin, les vestiges font penser à un immense château-fort ou à une ville abandonnée. Thomas en tête, les élèves photographient à tout-va. Quand ils se présentent à la billetterie, ils sont pris en main par un guide, du nom de Luciano, chargé de les conduire à l’emplacement des fouilles. – Cet immense complexe de 11 hectares a été commandé par l’empereur Septime Sévère. Les travaux ont duré quatre ans. L’inauguration s’est déroulée en 217 après Jésus-Christ, sous le règne de son successeur Caracalla. L’établissement pouvait accueillir 1 600 personnes. Entouré d’une enceinte, le jardin contenait 64 citernes de 80 m³ chacune, alimentées par un aqueduc. Vous découvrirez les vestiges de ces réservoirs à l’arrière des thermes. Ils étaient masqués par un hémicycle en gradins. De ce jardin, on pouvait accéder aux boutiques et aux restaurants
établis sur deux étages, aux gymnases, aux bibliothèques et bien sûr aux différentes piscines, achève-t-il en faisant signe aux classes de le suivre. – Les thermes n’étaient pas seulement un établissement de bains, précise Alex Moury. Les Romains s’y rendaient pour se plonger dans des bassins d’eau chaude, d’eau tiède et d’eau froide, mais aussi pour se faire masser, pratiquer du sport, se cultiver en fréquentant les bibliothèques et se retrouver dans le jardin pour discuter philosophie. Suivant leur guide, les élèves contournent les bains... – Comme c’est haut ! s’extasient plusieurs enfants. On croirait un bâtiment pour des géants. – Les voûtes s’élevaient à 30 mètres, confirme Salvatore. Les parois intérieures étaient ornées de mosaïques. Au marbre blanc des chapiteaux
et des corniches se mêlaient des colonnes de porphyre. – C’est une roche de couleur rouge foncé, spécifie Emanuela. – Ce devait être magnifique ! s’exclame une fillette. – Sans compter qu’il y avait des décorations dorées partout, et que le sol était couvert de mosaïques de forme géométrique dont il subsiste quelques vestiges, reprend le guide. Il y avait également de nombreuses statues dans les niches. Les thermes ont cessé de fonctionner en 537, quand les envahisseurs goths ont détruit tous les aqueducs de la ville. Il s’arrête devant l’enceinte, juste avant un renflement de la muraille. – Les thermes étant construits de façon symétrique, le même renflement se retrouve de l’autre côté, déclare-t-il. On pense qu’ils abritaient des gymnases. Et là, sous nos pieds, des fouilles ont mis au jour le Mithraeum , un temple consacré à Mithra, un dieu solaire issu d’Asie et qui symbolisait la victoire de la Lumière sur l’Ombre. – On pourra visiter le temple de Mithra ? s’enquiert Hugo. – Nous trouverons bien un moment pour y descendre, accepte Luciano. L’entrée se fait par les souterrains, bien qu’on puisse se glisser par une ouverture près de l’une de ces colonnes, précise-t-il en montrant l’endroit. Ils dépassent les ruines du gymnase constituées par des pans de murs, des amorces de voûte et des alvéoles dans lesquelles nichaient les statues, et se dirigent vers l’arrière des thermes. – Deux bibliothèques flanquaient les réservoirs, indique le guide. C’est devant la première que je vais vous laisser aux bons soins du professeur Arturo Colleoni. C’est là que nous avons installé un espace archéologique destiné aux scolaires.
Ils s’approchent d’un homme qui leur tourne le dos, accroupi devant un immense carré de terre, comme s’il étudiait quelque chose. – Professeur ! lance le guide. Voilà votre groupe ! Arturo Colleoni se relève et leur fait face. Maigre, les cheveux ressemblant à un nid, d’épaisses lunettes lui grossissant les yeux au point qu’ils paraissent occuper tout son visage, il écarte les bras et claironne : – Ah ! Enfin ! Mes chercheurs d’âmes ! Sidérés, les enfants se figent. Antonio et Jasper croisent leurs regards et, à l’unisson, éclatent de rire. – Un fou ! C’est un fou ! Chapitre 2 Les premières fouilles Alex Moury s’avance, souriant, pour présenter son groupe et prie le professeur Colleoni de pardonner leur retard. – Ba-ba-ba ! fait l’autre, balayant l’excuse d’un geste et écoutant à peine ce que lui dit Salvatore Gerolami. Nous avons juste le temps de préparer le terrain avant la fermeture.
– Euh, ça veut dire quoi chercher des âmes, m’sieur ? s’inquiète Hugo. – Dans cette terre dorment des objets qui ont appartenu à des gens vivant il y a plus de deux mille ans, explique le professeur Colleoni. Ils étaient les compagnons indispensables des habitants, et ont connu les joies et les malheurs des familles... Voilà pourquoi, jeunes gens, je déclare qu’en exhumant ces objets anciens, vous allez en même temps ramener un peu de l’âme de ces Romains qui les ont façonnés et manipulés, termine Arturo Colleoni, le bras dressé tel un général haranguant ses troupes. – Je suppose que je vous reverrai si vous décidez de visiter l’intérieur des thermes, dit le guide avant de se séparer du groupe. Demandez alors Luciano ! – C’est prévu, en effet, garantit Alex. À bientôt donc, Luciano ! Le professeur ordonne ensuite d’aller chercher une chaîne d’arpenteur rangée au pied d’un mur avec le reste du matériel. – Vous allez diviser le terrain en carrés de 4 m 2 chacun, que vous délimiterez par des cordons blancs. Vous serez deux par équipe. – Un de chaque classe ! lance Salvatore, désirant que les élèves se lient au plus vite. Sous l’œil vigilant de Colleoni, les enfants mesurent l’espace, fichent des petits piquets en terre à l’aide de maillets, puis ils tendent les cordons qu’ils enroulent autour. Rapprochés par leur rire commun, Jasper et Antonio s’activent ensemble et échangent leurs premières plaisanteries. – Hé ! Mais qu’est-ce que tu fais, toi ? s’écrie soudain le professeur en apostrophant un élève, debout au centre du terrain. Quel est ton nom ? – Thomas ! Je prends des photos, tiens ! Je veux garder des souvenirs des âmes du passé.


























