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Plantes intrépides

Plantes intrépides

3-5 ans - 22 pages, 3151 mots | 25 minutes de lecture
© Éditions du Ricochet, 2023, pour la 1ère édition - tous droits réservés

Plantes intrépides

Plantes intrépides

Ce recueil de cinq contes, librement revisités avec modernité, donne la parole à cinq plantes originaires de cinq pays. Avec elles, nous explorons les liens entre le végétal, l'animal, l'humain et même les galaxies !

"Plantes intrépides" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
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Extrait du livre Plantes intrépides

Plantes intrépides de Fleur Daugey et Chloé du Colombier aux éditions du Ricochet


Plantes intrépides - cinq contes pour jeunes pousses
Momotaro, l'enfant-pêche Je suis Pêche. Voici un conte bien connu au pays du Soleil-Levant : le Japon. Un couple de vieillards vivait dans une cabane dans la forêt. Ils n'avaient pas eu d'enfant et en étaient bien tristes. Un jour que la vieille dame lavait son linge à la rivière, elle vit une énorme pêche qui flottait sur l'eau et se dirigeait droit sur elle. C'était moi ! Elle me saisit et me trouva fort appétissante. Le soir, elle me présenta à son mari : – Regarde la belle pêche que j'ai trouvée dans la rivière ! – Miam, dégustons-la tout de suite ! s'exclama le vieil homme. À peine avait-il entamé ma peau avec son couteau que je m'ouvris en deux, laissant apparaître un petit garçon. – Bonjour Maman, bonjour Papa ! dit-il de sa petite voix. Vous étiez malheureux de ne pas avoir d'enfant alors je suis venu du ciel pour devenir votre fils. Les deux vieillards n'en croyaient pas leurs yeux et débordaient de joie. Ils nommèrent l'enfant Momotaro, le garçon né dans une pêche. Momotaro avait faim et dégusta ma chair comme premier repas.
Même s'il m'avait mangée, je n'avais pas disparu. Lui et moi étions liés pour toujours. Je poussais au bout de ses doigts et dans ses cheveux, je sortais même parfois de ses oreilles. Une fleur de pêcher fleurissait sur son index et se transformait en pêche mûre et juteuse. Grâce à moi, personne n'avait jamais faim dans la petite famille. Surtout, qui me mangeait était soudain doté d'une force surhumaine ! Momotaro grandit ainsi dans l'amour et l'insouciance. À l'âge de 12 ans, Momotaro entendit les gens du village se plaindre d'une bande d'oni qui venait régulièrement les attaquer et les voler. Les oni sont des ogres gigantesques et terrifiants ! Ils sont tout rouges, tout bleus ou tout verts avec des cornes et de grandes dents. Pour seul vêtement, ils portent une peau de tigre autour de la taille. Ils sont très méchants et passent leur temps à faire le mal. Ces oni vivaient sur une île au milieu des trésors qu'ils avaient volés. Quand Momotaro annonça à ses parents qu'il devait partir combattre les ogres, les deux vieillards donnèrent leur accord même s'ils s'inquiétaient pour lui. C'était la première fois qu'il partait seul loin de chez lui. Pour le réconforter, je mûris au bout de son index. Il me croqua et mon goût fin et sucré le rassura un petit peu. Même s'il était déterminé, Momotaro avait peur.
Sur la route en quittant la forêt, un chien menaçant se dressa devant Momotaro en grognant : – Donne-moi tes provisions ! Sinon, c'est toi que je mangerai ! hurla le chien. – Je suis Momotaro et je pars combattre les oni, crois-tu qu'un chien méchant me fasse peur ? – Momotaro ?! J'ai entendu parler de ta force surhumaine. Pardonne-moi ! Je veux t'accompagner dans ta quête. Prends-moi avec toi ! – D'accord. Et puisque tu as faim, voici une pêche ! Plus loin, Momotaro rencontra un singe puis un faisan. Tous deux voulurent aussi se joindre à lui et eurent la chance de me déguster. À notre arrivée sur l'île, je poussai à foison. Les cheveux de Momotaro se couvrirent de fruits rosés que le singe distribua à la petite troupe. Tous firent le plein de puissance avant de passer à l'attaque ! Quand les oni nous virent arriver, ils s'esclaffèrent. – Ah ah ah ! Regardez qui voilà ! De la chair fraîche livrée à domicile ! se moqua leur chef. Tous les ogres rirent méchamment, mais Momotaro n'avait plus peur. Il était là pour accomplir sa mission et lança : – À l'attaque !
Le faisan fondit sur les ogres pour les piquer de son bec et le chien les mordit le plus fort qu'il put tandis que le singe et Momotaro les coupaient avec leurs sabres. Mes noyaux surgissaient de ses oreilles comme des boulets de canon qui assommaient les démons. Quand ils cherchaient à fuir, je me jetais trop mûre sous leurs pieds pour les faire glisser. Tous les oni se rendirent, jurèrent de ne plus jamais faire le mal et devinrent les serviteurs de Momotaro. Nous libérâmes les villageois prisonniers des ogres et récupérèrent tous les trésors. De retour au village, nous fûmes fêtés en héros ! Momotaro retrouva ses parents qui furent soulagés de le voir rentrer en bonne santé. Il vécut dans la montagne avec ses amis et ses serviteurs. Et moi, depuis tout ce temps, je continue à pousser, au Japon et sur tous les pêchers du monde.
Comment le manioc vint aux hommes Je suis Manioc. Je pousse dans de nombreux pays d'Afrique et même à Madagascar, le pays des lémuriens. Avant d'arriver sur cette grande île tropicale, je vivais dans les cieux, auprès de Source de toute chose, un arbre gigantesque dont on ne connaît ni le bout des racines ni la pointe de la cime. Je grandissais là, au milieu de tous les animaux et de toutes les plantes. Nous vivions en harmonie, mais il y en avait un qui agaçait un peu Source : c'était Perroquet, il ne faisait que parler. Il bavardait du matin au soir et du soir au matin. Sa voix criarde était si puissante qu'elle faisait vibrer toutes les feuilles de toutes les plantes de la création. Alors, Source décida d'envoyer Perroquet sur Terre, une planète très éloignée. Depuis là-bas, c'était sûr, on ne l'entendrait plus ! Elle l'appela : – Viens donc près de moi, mon tout petit. – Quoi, quoi, quoi ? Qu'est-ce que quoi ? jacassa Perroquet. – Il est temps pour toi d'aller explorer la Terre, mon enfant. – La Terrrrrrrre ? Mais je ne connais perrrrsonne là-bas ! – Ne t'inquiète pas, d'autres grands bavards comme toi y vivent déjà, comme Perruche et Cacatoès, assura Source en repensant au tapage infernal que faisaient ces deux-là. – Ah tant mieux ! Mais je ne saurrrrrais pas quoi manger là-bas ! – C'est pour cela que Manioc t'accompagnera, sous forme de graines. – Mais, mais ! Une fois que j'aurrrrrai tout mangé, comment ferrrrai-je ? Hein ? Quoi ? Quoi ? Tout ça ! Tout ça ! Perroquet était toujours très énervé. Il n'y pouvait rrrrrrien. Pardon. Il n'y pouvait rien.
Source de toute chose lui donna une astuce : il suffirait d'offrir mes graines aux femmes et aux hommes pour qu'ils les plantent et me cultivent. Bien calé dans le bec de Perroquet, je fis le voyage de ma vie ! Nous plongeâmes depuis les cieux, traversâmes galaxies et nébuleuses. Nous zigzaguâmes entre les étoiles et esquivâmes les comètes ! Enfin, nous vîmes la planète bleue se détacher sur l'univers noir. Et nous atterrîmes à Madagascar. À peine arrivés, nous nous mîmes en quête des humains. L'air était si humide que je commençais déjà à germer. Il fallait vite trouver ceux qui me cultiveraient. Perroquet survolait les villages et écoutait les femmes, les hommes et les enfants qui, comme lui, discutaient tout le temps ! Perroquet était si doué pour parler qu'en un rien de temps, il apprit la langue des hommes.