Extrait du livre Histoire de voler
Histoire de voler de Sophie Bordet-Petillon et Arnaud Nebbache aux éditions Kilowatt
Histoire de voler
Voler ? Un rêve aussi vieux que l’humanité. Un rêve devenu réalité avec l’invention d’engins volants, des plus fous aux plus réalistes. Voler ? C’est s’élever et se déplacer dans les airs comme les oiseaux. C’est aussi se libérer de la pesanteur terrestre, repousser les limites. Au fil du temps, les engins se perfectionnent et les raisons de voler se diversifient : on vole pour transporter, combattre, voyager, explorer... et on va toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus vite !
Les premiers récits imaginaires sont peuplés d’inventions volantes étonnantes. La mythologie grecque raconte qu’Icare, pour s’échapper du labyrinthe, s’envole avec des ailes de plumes collées à la cire. Épris de liberté et cherchant à aller de plus en plus haut, il s’approche du soleil. Mais la cire fond, et Icare tombe dans la mer... Le Mahabharata indien, lui, relate l’utilisation de chars célestes pour permettre aux dieux de se déplacer d’un royaume à l’autre.
Mais les véritables maîtres du ciel restent les oiseaux. Les hommes les observent et cherchent à percer le mystère de leur vol. À la Renaissance, l’artiste et inventeur italien Léonard de Vinci étudie avec précision les ailes des volatiles pour en imiter la mécanique. Il dessine des machines volantes proches du planeur, du parachute et même de l’hélicoptère ! En Asie, on s’intéresse aussi aux cerfs-volants. Ainsi, dans ses récits de voyage, le Vénitien Marco Polo rapporte que les Chinois fabriquent des cerfs-volants capables d’emporter un homme dans les airs.
Finalement, au xviiie siècle, les savants concluent qu’il est impossible à l’homme de s’élever dans les airs et de s’y maintenir avec des ailes. Heureusement, quelques « fous volants » tentent quand même l’aventure. Le marquis de Bacqueville s’élance de son hôtel particulier avec des ailes, au-dessus de la Seine, à Paris... avant de tomber sur un bateau et de se casser la jambe. Un siècle plus tard, en 1891, l’ingénieur allemand Otto Lilienthal s’inspire à son tour du vol plané des oiseaux et fabrique des ailes avec une armature de bois recouverte de tissu. Il réussit à planer sur quelques dizaines de mètres. Ses vols influenceront les premiers aviateur.
Si l’homme ne peut pas réellement voler avec des ailes, pourquoi ne pas inventer des engins capables de l’emmener dans les airs ? Deux camps s’affrontent : certains pensent qu’il est possible de voler à bord d’engins dits « plus légers que l’air ». Ces engins prendraient alors de l’altitude grâce à un système qui les allègerait : un ballon gonflé à l’air chaud ? ou rempli d’un gaz très léger ? Les recherches vont bon train. D’autres sont convaincus qu’il faut concevoir des engins plus lourds que l’air, à condition de les équiper d’un système de propulsion (un moteur) pour leur permettre de voler. Les « plus légers que l’air » l’emportent : en 1783, les frères Montgolfier inventent le ballon à air chaud. Leur montgolfière décolle du château de Versailles sous les yeux du roi Louis XVI avec, à son bord, un canard, un mouton et un coq. Deux mois plus tard, Pilâtre de Rozier monte lui-même dans un ballon, survole Paris et traverse la Seine.
Mais la montgolfière n’avance qu’au gré du vent. Qu’à cela ne tienne ! Au début du xixe siècle, le baron anglais Cayley conçoit un ballon dirigeable souple muni d’un gouvernail et d’un moteur à vapeur pour piloter, dans la direction et à la vitesse souhaitées. Hélas, l’engin manque de puissance. Le Brésilien Santos-Dumont équipe alors un dirigeable d’un moteur à essence et réussit en 1901 à faire un aller-retour entre Saint-Cloud et la tour Eiffel. À partir de 1909, le comte allemand von Zeppelin construit des dirigeables rigides de grande taille pouvant transporter une vingtaine de personnes sur de longues distances. Mais un accident mortel près de New York, en 1937, mettra fin à cette utilisation des dirigeable.
Pendant ce temps, les partisans des engins « plus lourds que l’air » s’affairent. Des idées germent ici et là. En France, Jean-Marie Le Bris effectue quelques mètres à bord d’un planeur à ailes battantes sur une plage de Bretagne, en 1856. Posé sur une charrette tractée par un cheval, son Albatros réussit à décoller. L’idée de l’aéroplane (c’est ainsi qu’on nomme l’ancêtre de l’avion) est bel et bien dans l’air.




























