Extrait du livre Histoire de dormir
Histoire de dormir de Cécile Benoist et Marion Brand aux éditions Kilowatt
Histoire de dormir
Une nuit coupée en deux Le sommeil a longtemps été divisé en deux périodes chez de nombreuses populations dans le monde. Au xve siècle, les Britanniques, par exemple, ont un « premier sommeil » de quatre heures. Après minuit, on se réveille et on s’occupe des tâches à faire dans la maison, on alimente le feu, on va voir les animaux à l’étable, on discute. C’est aussi un moment d’intimité pour les couples ou pour soi, pour se remémorer les rêves que l’on vient de faire, pour écrire ou prier. Environ une heure après, au lit ! Il est temps de se rendormir pour le « second sommeil » qui dure également quatre heures. Tout change lorsque l’éclairage artificiel se généralise au xixe siècle. Grâce à la lumière, les rues des villes restent animées, on veille et on se couche plus tard. Mais il faut se lever à la même heure pour travailler ! Alors peu à peu, on dort d’un seul bloc de sept ou huit heures, sans coupure.
Les corps qui dorment Il existe plusieurs positions adoptées pendant le sommeil : sur le dos, sur le ventre, sur le côté, allongé ou même assis, lorsqu’on est en voiture, par exemple. Parfois, on aime aussi s’endormir blotti contre quelqu’un ou dans un fauteuil douillet. D’autres postures sont plus acrobatiques. Au ive siècle, un historien romain explique que les Huns « dorment à cheval, en se baissant sur le cou de la bête ». Des soldats se tiennent accroupis, tout comme certaines populations qui vivent dans le désert du Sahara. Au Tibet, des nomades se penchent en avant, à genoux, front contre terre. Des petits enfants dorment ainsi également.
Vivre et dormir Quel plaisir de se glisser sous les draps et de s’assoupir... Nous passons un tiers de notre vie à dormir ! Le sommeil est un besoin vital, indispensable pour rester en forme, pour se remettre de la fatigue physique. Et il contribue à mémoriser les informations entendues ou lues dans la journée. Mais pourquoi dormons-nous la nuit ? L’être humain a toujours eu peur de l’obscurité, sûrement parce qu’il voit très mal quand il fait sombre. Alors mieux vaut dormir que risquer de se mettre en danger.
Aux origines Pour se sentir en sécurité, nos plus lointains ancêtres dormaient dans les arbres, à l’entrée des grottes, dehors autour du feu, avant de se mettre à construire de petites cabanes. Blottis les uns contre les autres, ils s’emmitouflaient peut-être dans des peaux de bêtes. Des scientifiques pensent même que les premiers êtres humains hibernaient. Ils auraient passé les longs hivers glacés à dormir pratiquement en permanence. C’était il y a plus de 400 000 ans ! La plus ancienne couche date, elle, de 70 000 ans. Elle a été découverte dans une grotte d’Afrique du Sud. Ce lit tout simple était en fait un trou étendu, rempli d’herbes et de roseaux. Des feuilles odorantes repoussaient les moustiques et autres petites bêtes.
À la recherche du confort Des milliers d’années plus tard, on utilise toujours des plantes, que l’on fait sécher avant d’en remplir de grands sacs : ce sont les paillasses. Elles servent de matelas aux personnes pauvres, qui s’enveloppent d’une couverture ou d’une cape pour dormir. Les riches, eux, profitent de matelas plus moelleux, garnis de plumes, de duvet ou de laine. Au Moyen Âge, toute la famille peut dormir dans le même lit, les invités de passage aussi ! Alors les lits sont gigantesques. Ils atteignent jusqu’à 4 mètres de largeur. Dormir à plusieurs rassure peut-être. Car, à cette époque, la position allongée est associée à la mort. C’est pourquoi les tableaux représentent souvent les personnes assises dans leur lit.
Au dodo ! Les positions recommandées pour faire dormir les bébés varient aussi. On les aide d’abord à trouver le sommeil, en les berçant, dans un berceau, dans un hamac ou dans les bras. Et on accompagne ce mouvement avec des berceuses. Ces chants sont répandus dans le monde entier. Il est également très courant de porter les bébés en les attachant contre soi avec un grand tissu. Au fil du temps, les conseils pour coucher les tout-petits changent. Tantôt il faut les envelopper serrés, tantôt il faut les laisser sans rien sur eux. Tantôt il faut les faire dormir tout seuls, tantôt il est préférable qu’ils passent la nuit dans le lit des parents.
1, 2, 3, 4, 5... et plus encore D’ailleurs, dormir à plusieurs dans une chambre, voire dans le même lit, est très courant. Déjà au Moyen Âge, en Europe, les domestiques passent la nuit ensemble dans une seule pièce, tandis que le seigneur dort dans une chambre avec son épouse. Dans les fermes, les animaux restent près des humains. Ainsi, on les protège des vols ou des attaques de bêtes sauvages. Leur présence apporte de la chaleur... même si l’odeur de leurs excréments n’est pas très agréable. Il existe des façons de dormir en groupe dans différentes régions du monde, à différentes époques, par exemple en se serrant autour d’un feu ou en s’installant en cercle sous un tipi. Et les maisons communautaires en Amazonie peuvent réunir de 60 à 80 personnes.



























