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La grande barrière de corail

La grande barrière de corail

9-12 ans - 38 pages, 5340 mots | 40 minutes de lecture
© Éditions du Ricochet, 2022, pour la 1ère édition - tous droits réservés

La grande barrière de corail

La grande barrière de corail

S'étirant sur plus de 2000 kilomètres au large de la côte Est de l'Australie, le merveilleux jardin marin aux couleurs de l'arc-en-ciel se dévoile. En 1768, le navigateur français Louis-Antoine de Bougainville décrit pour la première fois la présence de "récifs dangereux". Il décide alors de changer de cap, passant à côté de leurs trésors ! Avec ses 3000 récifs et 1500 îles, le parc marin de la Grande Barrière de corail, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, regroupe de nombreuses variétés de coraux. Gobies, poissons-clowns et balistes copient leurs couleurs multicolores pour passer inaperçus. Surplombant les récifs coraliens, près de 1400 espèces de requins vivent dans le parc ! Les scientifiques étudient le récif pour surveiller son état de santé, ils explorent des pistes pour le protéger des effets du réchauffement climatique.

"La grande barrière de corail" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
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Extrait du livre La grande barrière de corail

La Grande Barrière de corail de Marie Lescroart et Catherine Cordasco aux éditions du Ricochet


La Grande Barrière de corail - Jardin de l'océan
Un labyrinthe de corail Le long de la côte est de l’Australie s’étire, sur 2 000 kilomètres, un immense jardin marin aux couleurs de l’arc-en-ciel. Pour les premiers habitants de la région, cette Grande Barrière de corail doit son existence aux Ancêtres mythiques. La vie et les aventures de ces créatures du « Temps du rêve » ont forgé les paysages, sur terre comme sous l’eau : les récifs, les bancs de sable, les îles. Cette époque a vu naître le monde, en plus de procurer aux hommes les ressources dont ils avaient besoin. Les navigateurs européens qui, au XVIIe siècle, ont atteint la mer de Corail, avaient un tout autre point de vue. L’immense récif était pour eux une menace majeure, un dédale inextricable dans lequel leurs navires se perdaient, pour finir par déchirer leur coque sur les dents acérées du corail... Puis sont venus les scientifiques : cartographes, biologistes, géologues... et la Grande Barrière a changé d’image. Sa beauté hallucinante, sa richesse en espèces... La voilà devenue l’un des objets naturels les plus admirés au monde, et un site « écotouristique » majeur. Qui n’a pas un jour rêvé d’enfiler un masque et d’y plonger ?
Une idole australienne Cet immense ruban de récif est une fierté nationale. Pour le protéger, l’Australie a créé le Parc marin de la Grande Barrière de corail, en 1975. Vaste comme les deux tiers de la France métropolitaine, cette aire marine protégée, la première de l’histoire, sauvegarde les eaux et les fonds sous-marins depuis les estuaires de certains fleuves jusqu’au large. Il englobe 3 000 récifs, mais aussi les mangroves, les herbiers marins et certaines des 1 500 îles situées dans son périmètre. En 1981, elle a acquis une reconnaissance internationale officielle en devenant le premier site marin inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco.
Le « pays marin » La culture des peuples autochtones de l’Australie est intimement liée à la nature qui les entoure. Bien sûr, la Grande Barrière de corail en fait partie. Arrivés par la mer depuis l’Asie il y a 40 000 à 50 000 ans, les Aborigènes sont les premiers hommes à avoir peuplé l’Australie et la civilisation la plus ancienne du monde. Lorsque les colons britanniques ont débarqué, à la fin du XIXe siècle, ils étaient environ 400 000, répartis en 250 à 500 peuples de cultures et de langues différentes. Les violences des nouveaux arrivants, les maladies importées et l’alcool ont fait chuter leur population de plus de 80% en un siècle et demi ! Les indigènes du détroit de Torrès constituent le deuxième groupe de peuples autochtones du pays. Originaires de l’archipel du même nom, au nord de la Grande Barrière, ils seraient les descendants de peuples mélanésiens débarqués sur ces îles il y a 2 500 à 8 000 ans. En 1982, Eddy Mabo, habitant des îles du détroit de Torrès, attaque en justice l’État australien pour faire reconnaître les droits des autochtones sur leurs terres. En 1992, le verdict tombe : la Cour déclare l’État coupable : la doctrine de la terra nullius, selon laquelle l’Australie n’était la « terre de personne » quand les colons ont débarqué, est officiellement abolie. Malheureusement décédé quelques mois auparavant, Mabo ne connaîtra jamais l’issue de ce procès historique.
Soixante-dix communautés aborigènes d’Australie reconnaissent la Grande Barrière de corail et ses îles comme leur territoire ancestral, leur « pays marin ». Ce lien transparaît dans toutes les composantes de leur culture : chants, sites sacrés, pratiques traditionnelles, œuvres d’art... La culture des peuples du détroit de Torrès est, elle aussi, étroitement liée à l’océan. Reconnus pour leur exploitation durable des ressources marines, ils entretiennent également des liens très anciens avec les Aborigènes de la côte nord-est du Queensland. Le gouvernement australien a donc décidé d’associer les groupes autochtones de la région à la gestion et à la surveillance de la Grande Barrière de corail, et de leur reconnaître le droit d’exercer des activités coutumières, comme la chasse à la tortue ou au dugong. Certains groupes ont toutefois décidé d’y renoncer afin de protéger ces espèces menacées.
Fille de la montée des eaux Selon les scientifiques, la Grande Barrière de corail est née à la fin du dernier âge glaciaire, lorsque la plaine côtière australienne a été progressivement envahie par l’océan. Une histoire que les Aborigènes perpétuent depuis l’origine, à travers leurs chants et leurs danses. Il y a 10 000 ans, à la fin de la dernière glaciation, le niveau de la mer était 120 mètres plus bas qu’aujourd’hui. Le réchauffement du climat a ensuite entrainé une montée des eaux. Les collines sont devenues des îles, et des récifs coraliens se sont formés près de la surface, sur les anciens reliefs désormais immergés. Durant 8 000 ans, le niveau de la mer a continué de monter, et les récifs ont poursuivi leur croissance en couches successives. Il y a 6 000 ans, les conditions se sont stabilisées. Depuis, l’écosystème corallien a eu le temps d’évoluer pour atteindre une biodiversité inégalée dans le monde marin.
Un piège pour les navigateurs Du temps de la marine à voile, sans carte fiable et sans GPS, les récifs coralliens étaient un danger pour la navigation. Pour ne pas s’échouer sur ces écueils invisibles entre deux eaux, la plupart des marins passaient au large ! Louis-Antoine de Bougainville est le premier Français à avoir bouclé le tour du monde. Il est aussi le premier Européen à avoir consigné dans son journal de bord, en 1768, la présence de « récifs dangereux » à l’emplacement de la Grande Barrière de corail. Mais il changea de cap, ignorant que la côte est de l’Australie se trouvait derrière. Deux ans après Bougainville, l’Anglais James Cook, lancé lui aussi pour faire un tour du monde, est le premier à toucher la côte est de l’Australie, au sud de la Grande Barrière. Faisant cap au nord, il se retrouve ensuite piégé dans un dédale de récifs. Dans la nuit du 11 juin 1770, l’Endeavour, son navire, s’échoue sur le corail. Pour le remettre à flot, Cook ordonne de jeter par-dessus bord 50 tonnes de denrées et de matériel. Il parvient ensuite jusqu’à l’estuaire d’un fleuve où il effectue les réparations. Le site prendra le nom de Cooktown, et le fleuve celui d’Endeavour.