Extrait du livre Mystères sur le Nil
Mystères sur le Nil d'Alain Surget et Louis Alloing aux éditions ABC Melody
Mystères sur le Nil
Chapitre 1 L’envol pour le Nil Ce matin-là... Alex Moury fait entrer sa classe de CM2 dans lasalle. Après un léger brouhaha de chaises qu’on tire, de livres, de cahiers et de trousses qu’on claque sur chacun des bureaux, les élèves s’assoient et attendent. Le maître sort une grande enveloppe brune de son sac et l’agite dans l’air.
Tous les regards se posent sur l’enveloppe, comme si c’était elle qui allait parler. – C’est en rapport avec le concours sur le Patrimoine Mondial ? demande Amytis, saisie d’une brusque intuition. – On a eu une réponse ? espère Mélissa. – On a gagné ? s’écrie Hugo. – Nous avons remporté le Premier Prix ! annonce Alex Moury. La croisière sur le Nil ! Trois secondes de stupeur. Puis la classe explose. – Waouh ! – On est les meilleurs ! Monsieur Moury laisse fuser tous les commentaires, puis il apaise ses élèves en étendant simplement les bras. Les enfants se taisent, le souffle coupé, aussi rouges d’émotion que s’ils avaient couru un 100 mètres. La parole, maintenant, est au maître. – Il va vous falloir un passeport, un visa, des autorisations diverses... – Des vaccins ? interroge Cerise, entraînant des mines inquiètes chez ses camarades. – Ne vous tracassez pas, les rassure Alex Moury, aucun vaccin n’est exigé pour se rendre en Égypte. La classe pousse un profond soupir de soulagement. Les sourires renaissent. – On visitera les pyramides ? – Il y a des crocodiles dans le Nil ! – Et des hippopotames ! C’est dangereux, ça ! – Nous voyagerons dans une espèce de ville flottante, les rassure Alex. Les crocodiles vous paraîtront de minuscules branchettes, et les hippopotames de petits cailloux. – Ah, font les enfants, un peu déçus tout de même. Le maître allume son ordinateur, cherche une carte de l’Égypte et la projette sur son tableau blanc. Il détaille alors leur circuit, de Paris à Louxor via Le Caire en avion, puis de Louxor à
Assouan en bateau. Quand toutes les explications ont été fournies, et à la demande générale, Alex Moury photocopie la lettre reçue et en distribue les exemplaires aux enfants. – Je la garderai toute ma vie, promet Jasper, les yeux brillants. – Je te conseille même de la faire encadrer et de l’accrocher au-dessus de ton lit, le taquine gentiment le maître. * * * Deux mois plus tard, les CM2, monsieur Moury et les deux accompagnateurs Farid et Mélanie atterrissent à l’aéroport du Caire. Alex entraîne sa classe derrière lui afin de se plier aux inévitables formalités. Ils vont ensuite récupérer leurs bagages et empruntent la navette qui les transfère à leur hôtel, en ville. – Demain, nous reprendrons l’avion pour Louxor, prévient le maître. Mélanie, Farid et lui dirigent les élèves dans leurs chambres doubles. À la nuit tombée, après avoir dîné d’un hoummous – une purée froide de pois chiches à l’huile d’olive et à la crème de sésame –, de viande grillée, de fruits et de baklavas – des pâtisseries aux noix ou aux amandes –, ils se retrouvent tous sur la terrasse de l’hôtel qui fait office de toit, et admirent les lumières du Caire : les minarets illuminés, les berges éclairées du Nil, les néons multicolores qui délivrent leurs messages publicitaires dans les longues avenues, les serpents de lueurs jaune et rouge qui marquent les ruelles des souks... – Nous pourrons y faire des achats, m’sieur ? s’enquiert Amytis, déjà impatiente de courir les boutiques. – Au retour, les enfants. Après la visite de la Grande Pyramide, rétorque Alex Moury en
montrant le haut des pyramides, au loin, qui luisent tels des pics d’or sous les projecteurs. – On raconte que les pharaons jettent leur malédiction sur ceux qui profanent leurs tombeaux, rapporte Jasper. On risque d’être attaqués par leurs momies. La classe rigole. – C’est une fable, lui renvoie Mélissa. Tu ne vas quand même pas croire à ces sornettes ? À ce moment, une plainte s’élève dans la nuit, lancinante, qui couvre la rumeur de la ville. – C’est l’appel à la prière, déclare Moussah. – Pas sûr, frissonne Farid. Pas sûr du tout... On dirait plutôt que ça vient du désert. Un jappement de chacal... d’Anubis peut-être. – Cela peut aussi monter du fleuve, corrige Mélanie. Ça ressemble à un long vagissement de crocodile. Qui sait si ce n’est pas le dieu Sobek qui lamente ?
– J’ai l’impression que les anciennes divinités rôdent toujours en Égypte, conclut Alex. * * * Au cours de cette même nuit, dans la vallée des Reines, trois silhouettes s’activent autour du sarcophage en granite rose du prince Amon-her-khepechef, un des fils du pharaon Ramsès III. Armées de leviers, deux d’entre elles repoussent le couvercle de pierre tandis que la troisième les éclaire avec une lampe torche. Quand l’espace dégagé est assez grand, les profanateurs plongent leurs bras dans le sarcophage et en retirent des objets qu’ils enfouissent dans des sacs. Un des objets tombe. L’un des intrus le ramasse, l’examine en poussant un juron et le range avec les autres. Puis les trois complices remettent la dalle en place et repartent en traversant une autre salle et l’antichambre, sous le regard courroucé des dieux peints sur les murs. À la sortie, au bout d’un escalier court et raide, un garde semble les attendre. L’un des individus lui remet quelque chose et lui ordonne de les oublier et de bien refermer le tombeau derrière eux.
Chapitre 2 Le domaine des dieux Le lendemain, tôt le matin, les CM2 reprennent la navette pour l’aéroport puis embarquent à destination de Louxor. Après une heure de vol, durant laquelle le Nil défile sans interruption à travers les hublots, ainsi que la bande verte des oasis et l’immensité du désert, l’appareil atterrit et déverse son flot de passagers sur la rive
droite du Nil. Un bus les emmène ensuite vers la ville qu’il traverse avant de déposer ses passagers au bord du fleuve. De grands bateaux à plusieurs étages, pareils à des immeubles flottants, côtoient des felouques, petites embarcations à voile triangulaire utilisées par les pêcheurs ou pour transporter les touristes d’une rive à l’autre. – Monsieur Alex Moury ? claque une voix derrière eux. Un homme s’approche avec un large sourire. Comme Alex hoche la tête, l’Égyptien se présente : – Je suis Abdul, votre guide, annonce-t-il en tendant la main. Une flopée de petits vendeurs vêtus de djellabas, jaillis de nulle part, entoure brusquement le groupe en lui proposant des scarabées en obsidienne, des petites statuettes en lapis-lazuli ou en cornaline, des papyrus peints à l’effigie des divinités antiques... – Nous allons embarquer sur le Sobek, déclare le guide. – Le Sobek ? tique Moury. Ce n’est pas sur The Splendour of Râ ? Abdul prend un air désolé en se tordant les mains. – Il y a eu un changement, explique-t-il. The Splendour of Râ est complet... une croisière réservée par des Américains... Le Sobek porte le nom du dieu crocodile, c’est une bonne protection, non ? Ils longent le quai où une flottille de felouques attend ses passagers. La nuée de vendeurs court derrière eux, jacassante, faisant baisser les prix à mesure que le groupe s’éloigne. Le guide s’arrête soudain et montre un steamer, un bateau à vapeur, qui descend majestueusement le fleuve. – C’est le Steam Ship Sudan, indique-t-il. C’est un bateau mythique. Agatha Christie, la célèbre























