Extrait du livre Où va le racisme ?
Où va le racisme ? de Cécile Benoist et Élodie Perrotin aux éditions du Ricochet
Où va le racisme ?
Introduction Pendant l’écriture de ce livre, en 2024-2025, la nouvelle BD de Spirou a été retirée de la vente après avoir provoqué une vague d’indignation. Les personnages noirs étaient dessinés « comme des singes », dénonçaient de nombreuses personnes sur les réseaux sociaux. Aux États-Unis, Elon Musk a fait un salut nazi lors de la cérémonie d’investiture de Donald Trump. Un rugbyman français noir et sa compagne blanche ont reçu des insultes et des menaces de mort sur TikTok après avoir publié des photos de leur couple. Quatre hommes ont proféré des injures racistes et agressé physiquement les artistes Dorothée Munyaneza, Ben Lamar Gay et Julianknxx, alors qu’ils venaient de donner un spectacle à Lyon. Malgré leurs appels à l’aide, personne n’a prévenu la police. Un rapport de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne indiquait qu’un musulman sur deux en Europe avait subi des discriminations. Pas de doute : le racisme est bien présent dans nos sociétés. Quand bien même des lois et des textes proclament l’égalité, de nombreuses personnes sont souvent visées par des propos insultants en raison de leur origine, de leur couleur de peau, de leur culture ou de leur religion. Cette haine conduit même à des agressions et à des actes de violence. Mais le racisme a plusieurs visages. Il peut être plus discret, difficile à repérer, ce qui ne l’empêche pas d’avoir un impact
profond sur les individus qui le subissent. Il touche les enfants, les ados, les adultes… Le racisme a des origines historiques. L’esclavage et le colonialisme, notamment, ont construit un imaginaire si puissant qu’ils marquent encore nos esprits aujourd’hui, sans même que nous en ayons forcément conscience. Les images dévalorisantes des personnes non-blanches, par exemple, se sont diffusées et se sont tellement imprégnées qu’elles sont perçues comme des vérités. Elles ont mis en place une hiérarchie entre les groupes d’individus avec, en haut de la pyramide : les personnes blanches. Les inégalités qui en découlent toujours aujourd’hui s’appuient sur des stéréotypes et des préjugés qui se reproduisent encore et encore. D’un côté, il y a les privilégiés, les Blancs. Et de l’autre, les personnes « racisées », c’est-à-dire celles à qui la société a mis une étiquette raciale, liée notamment à la couleur de peau. Ces catégories de populations désignées comme Noirs, Arabes, Asiatiques, Roms… subissent des discriminations de la part du groupe majoritaire dominant, les Blancs. Tandis qu’eux jouissent d’un privilège : ils ne sont pas victimes de traitements particuliers en lien avec la couleur de leur peau. Ces inégalités se retrouvent aussi au cœur de certains discours politiques, et même dans des textes de loi. Les différences de traitement s’exercent aussi dans les institutions (établissements scolaires, secteur médical, police…) et se répercutent dans les médias qui dévalorisent ou rendent invisibles certaines catégories de population. Face à ces injustices, la résistance et la lutte s’organisent.
Késaco LES MOTS DU RACISME Le terme « race » renvoie à un groupe d’humains qui auraient un lien biologique définissant des caractéristiques communes physiques, morales, comportementales ou culturelles, et ayant une même origine géographique. « Ethnie » désigne un groupe d’individus qui partagent et se transmettent une langue, une culture, des valeurs, un mode de vie, des croyances et qui vivent généralement sur un même territoire. En fonction de l’époque et du contexte dans lesquels ils sont utilisés, les mots « race » et « ethnie » peuvent revêtir une connotation péjorative, ou même nettement raciste. Tout comme le terme « communauté », utilisé dans les débats politiques autour du racisme, qui désigne en fait un groupe social dont les membres ont des intérêts communs. Plus neutres, les mots « population » et « groupe » s’appliquent à un ensemble de personnes ayant une caractéristique commune, par exemple, habitant une même région. Alors aujourd’hui ? Comment s’exprime le racisme et comment le repérer ? Comment en finir avec les discriminations racistes ?
Vrai ? Faux ? C’est quoi, le racisme ? Le racisme s’impose dans la société, dans la vie quotidienne, au collège ou au lycée, dans les médias, au cinéma, dans les livres, au cœur de l’imaginaire collectif. Ce terme nous semble familier, mais que désigne-t-il en réalité ? Cette manière simpliste de séparer les individus en catégories prend des formes parfois détournées. Les conséquences qui en découlent ne sont pas toujours faciles à repérer. Alors, quand on parle de racisme, qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est faux ?
« Les êtres humains se divisent biologiquement en plusieurs races. » Faux ! Toute l’humanité fait partie d’une seule espèce : Homo sapiens. Quels que soient l’endroit où nous vivons et nos caractéristiques physiques, nous descendons des mêmes ancêtres qui vivaient en Afrique et qui avaient la peau noire. « Race blanche », « race noire », « race juive »… l’idée qu’il y aurait des races humaines ne repose sur aucune vérité scientifique. Et pour preuve, plus de 99,9 % de notre patrimoine génétique est le même pour toute la population mondiale. Un Parisien, quelle que soit sa couleur de peau, peut avoir plus de différences génétiques avec son voisin de palier qu’avec une habitante de l’Amazonie, du Maroc, de la Chine ou de l’Australie. Seule une toute petite portion de gènes détermine la couleur de la peau, et elle n’influence absolument pas d’autres caractéristiques, comme l’intelligence, le caractère ou la force physique, par exemple ! « Le racisme existe depuis toujours.» Faux ! Certes, le rejet de l’étranger ne date pas d’hier. En Grèce antique, on qualifiait déjà de « barbares » les autres peuples. Mais la notion de race s’affirme aux xviiie et xixe siècles. Avec la colonisation européenne, on cherche à justifier la domination sur les populations esclavisées et colonisées. Naît alors la théorie des races qui repose sur la supposée supériorité naturelle de la race blanche. À la peur de l’autre s’ajoute désormais sa prétendue infériorité mentale, sociale, esthétique, culturelle… Un tour de passe-passe intellectuel pour faire taire les voix qui s’élèvent contre cette exploitation humaine à grande échelle ! Les empires coloniaux vont alors anéantir, exploiter et priver de leurs droits des populations entières sous prétexte de les « civiliser ». La théorie des races a des conséquences concrètes pour les individus, elle s’est transformée en idéologie : c’est le racisme.
« Le racisme classe les individus par groupes. » Vrai ! Le racisme est une idéologie qui détermine des catégories d’individus en leur attribuant les mêmes caractéristiques physiques (comme la couleur de la peau), morales, psychologiques ou culturelles. Celles-ci seraient naturelles, et donc transmissibles de parents à enfants biologiques. Par ailleurs, l’approche raciste place ces catégories d’individus sur une échelle, la catégorie d’en haut dominant les autres. Chaque personne est associée à une race, à une communauté. Le racisme produit des stéréotypes et des préjugés, réduisant une personne à la catégorie à laquelle elle est censée appartenir. Il construit de cette façon une vision de la société et un système de classification des humains… qui sont complètement faux. Pourtant, le racisme a des effets bien réels sur les individus, sur les rapports sociaux et les systèmes politiques. Il crée des inégalités, mais aussi de la violence et de la haine.

























